/opinion/blogs/columnists
Navigation

Éducation et autorité

bloc école classe élève élèves
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

Coup d'oeil sur cet article

Le nombre d’agressions physiques et verbales contre le personnel scolaire est en hausse depuis quelques années. D’ailleurs, les enseignants dénoncent une banalisation de cette violence faite par des enfants ou des adolescents.  

Mais il y a plus.   

L’école fait également face à des parents de plus en plus violents: courriels haineux ou méprisants, utilisation des réseaux sociaux afin de dénigrer l’école, refus de se plier aux exigences du milieu, refus de collaborer, etc.    

Vous avez déjà vu un enfant frapper ou mordre un policier? Un adolescent cracher sur un juge? Vous connaissez plusieurs adultes qui se présentent au poste de police ou au palais de justice dans l’optique d’envoyer paître le personnel?   

Devoir d’autorité  

Selon la présidente de la CSQ, les enseignants ne disposent pas d’un devoir d’autorité: «Le personnel enseignant accompagne les élèves, il est un prolongement du rôle parental...»   

Cette vision de l’enseignant, partagée par un grand nombre d’individus, est peut-être l’une des pistes à suivre afin d’expliquer la relation toxique que certains entretiennent avec l’école.   

Et si la valorisation de notre profession passait, entre autres, par la reconnaissance de notre autorité?   

Je crois que ce sujet mérite que l’on s’y arrête un peu. Ainsi, je vous suggère cette réflexion de Mme Suzanne-G. Chartrand, ex-enseignante au secondaire et professeure retraitée, coordonnatrice du collectif citoyen Debout pour l’école!:   

«Le mot autorité a toujours fait partie du vocabulaire de l’éducation, qu’elle soit familiale (on parle d’autorité parentale) ou scolaire.    

Mais, dans le cadre de l’éducation obligatoire, l’autorité de l’enseignant est souvent dévalorisée par les décideurs politiques et administratifs, et de plus en plus contestée, par des parents et, donc, par des apprenants.    

Pourtant, l’autorité est intrinsèque à l’instruction et à l’éducation.    

Pourquoi le mot autorité fait-il peur ?    

L’idée d’autorité a différentes dimensions:    

1) la légitimité éthique d’agir d’un individu (ou d’une institution) sur autrui;    

2) une hiérarchie entre les humains dans certains contextes;    

3) la responsabilité sociale de certains par rapport à d’autres;    

4) le pouvoir de coercition, symbolique ou non;    

5) le pouvoir de sanction.    

À l’école comme ailleurs, les mots-clés du nouveau management public (clientèle, résultats, performance, optimisation, etc.) s’imposent.   

À l’obligation, on substitue la permissivité; à la discipline, l’expression des désirs de chacun; au silence et à l’écoute, la spontanéité de la communication; à la figure symbolique du maitre, celle de l’accompagnateur, alors qu’il doit agir comme un guide, un médiateur et un passeur culturel.    

La mission civilisatrice du corps enseignant   

Le sociologue Émile Durkheim parlait du corps enseignant. Il ne s’agit donc pas d’un agrégat d’individualités, mais d’une entité qui a une histoire et une légitimité sociale liée à sa responsabilité: transmettre des savoirs constitués, légitimés par les autorités reconnues et faire en sorte que les élèves se les approprient.    

Il doit donc exercer un certain pouvoir sur ces derniers, qu’il ne fait évidemment pas qu’accompagner, mais qu’il guide vers la connaissance et le développement de compétences spécifiques, dont celle d’apprendre à vivre en société.    

Afin que l’institution scolaire puisse remplir sa mission, l’enseignant doit aussi établir un cadre disciplinaire dans sa classe et restreindre les libertés et désirs de chacun. Cela peut et doit se faire de façon explicite, sereine et non arbitraire.   

Ainsi, bon nombre d’enseignants du primaire établissent un code de vie dont ils justifient le bienfondé devant les élèves et leurs parents. Chaque élève doit le respecter, sinon il y a une sanction – mais aujourd’hui, dans les écoles, on ne parle plus de “punition”, mais de “conséquence”! Le verbe punir est maintenant à l’index.    

Pourquoi l’autorité exercée par l’enseignant dans sa classe serait-elle d’emblée synonyme de violence, d’humiliation, de domination?    

Combien de fois avons-nous entendu dire par nos élèves et étudiants: “Vous êtes sévère, mais vous êtes juste et avec vous, on travaille et on apprend beaucoup.” Non seulement ils ne se plaignaient pas de nos exigences, mais ils nous en étaient reconnaissants.    

Parents et enseignants: des rôles différents   

Souvent, le refus épidermique de l’autorité chez plusieurs apprenants a pris naissance dans leur famille.    

En effet, combien de parents se refusent à interdire ou, s’ils le font, se gardent bien de punir leurs enfants qui transgressent leurs règles!    

Il est évident que les parents ont un rôle d’éducateurs et que celui-ci, exercé avec amour et bienveillance, implique que l’enfant, dès son plus jeune âge, soit placé aussi devant des contraintes et des interdits.    

Il y a donc des points communs entre le parent et l’enseignant.   

Cependant, l’autorité de ce dernier est différente de celle du parent et l’école comme institution permet même un saut qualitatif sur le plan du développement de l’enfant.   

Non, l’école n’est pas la continuité de la famille.   

C’est une autre institution avec une autre mission, celle de contribuer au développement de l’enfant grâce à la transmission de savoirs et savoir-faire constitués et légitimés.    

Sans la reconnaissance de la nécessaire autorité de l’enseignant, l’instruction et l’éducation, missions fondatrices du système scolaire, deviennent impossibles ou sérieusement en péril.    

Reconnaitre l’autorité du corps enseignant, voilà une façon concrète de revaloriser le travail enseignant.»