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«La rue ne t’appartient pas, fiston!»

«La rue ne t’appartient pas, fiston!»
lightpoet - Fotolia

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À mon jeune fils, pour son éducation, je raconterai un jour le destin de Bridget Driscoll. Cette Anglaise fut le tout premier piéton de l’Histoire à se faire tuer par une automobile en traversant la rue. Le Livre Guinness des records a même homologué cette «nouveauté».

Le 17 août 1896 à Londres, Mme Driscoll, une mère de famille de 44 ans, se fait happer et meurt sur le coup. Le coroner chargé de son dossier a par la suite formulé ce vœu qui nous fait rire jaune aujourd’hui, quelque chose comme : «J’ose espérer qu’un tel accident ne se produira plus jamais.»

Combien de millions de fois la réalité a-t-elle donné tort à ce coroner depuis 123 ans? Le cas de Mme Driscoll, loin de demeurer unique, s’est affreusement banalisé, partout dans le monde.

Rue publique

À la fin du 19e siècle, la rue s’avérait une sorte de place publique, de marché à ciel ouvert et de terrain de jeu pour les enfants. Chacun circulait à pied sur la voie comme bon lui semblait ; l’idée de traverser obligatoirement à l’intersection, sous peine de risquer de mourir écraser, n’effleurait l’esprit de personne. Les carrosses et les calèches se faufilaient parmi les groupes de voisins et les étals. 

Puis, l’automobile s’est imposée. Petit à petit, elle nous a séduits. On l’aime : quel incroyable pouvoir elle donne ! Monopolisée désormais par les «machines» (comme disait mon grand-père), la rue s’est vidée de ses activités sociales traditionnelles. Elle a cessé d'être un lieu où l'on se place pour devenir un lieu où l'on se déplace.

Méfiance salutaire

Depuis un moment déjà, j’enseigne à mon fils la signification des feux de circulation et, à leur sujet, l’indispensable méfiance. La voiture s’arrête-t-elle au feu rouge? Question piège. Si mon fils répond oui, je rétorque : pas toujours. Une auto grille parfois le feu rouge. La loi dit qu’elle doit s’arrêter, ça ne veut pas dire qu’elle va le faire. Maintenant, le feu tourne au vert devant toi ; peux-tu traverser? Pas forcément... Jette d'abord un regard autour de toi et essaie de reconnaître les chauffards, les « pitonneurs » de textos, les intoxiqués, etc. 

Bref, les feux de circulation, les panneaux d’arrêt, les passages piétonniers, je ne veux pas que mon fils leur fasse trop confianceJe souhaite donc que la mine taciturne de la pauvre Mme Driscoll (on trouve facilement sa photo en ligne) hante sa mémoire et lui évoque mon conseil : « La rue ne t’appartient pas, fiston, et tu dois la traverser en tenant compte, non pas des bons conducteurs, mais des pires. »