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Un parti pris en otage?

GEN-CONSEIL-GENERAL-PLQ
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire Pierre Arcand, chef intérimaire du PLQ

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En fin de semaine, les militants du PLQ ont mené leur première réflexion sérieuse depuis que Philippe Couillard les a conduits à la pire déroute de leur histoire.

En dehors des circonscriptions du Grand Montréal et de l’Outaouais, dans lesquelles une chaise peinte en rouge serait élue, combien de sièges le PLQ a-t-il remportés le 1er octobre dernier ?

Un seul, celui de Sébastien Proulx, à Québec. Ayoye...

On ne se bouscule pas pour vouloir devenir chef du PLQ et, en tout respect, il est extraordinairement difficile de voir en mesdames Anglade et Rizqy, seules candidatures pratiquement assurées, des solutions aux problèmes profonds de ce parti.

Piégé

Le PLQ est pris dans un cercle vicieux.

Pour rebondir, il doit retrouver ses assises dans le Québec francophone.

Pour cela, il doit adopter des positions qui conviendront à cet électorat sur des sujets qui le préoccupent.

Mais en faisant cela, il déplaira à cet électorat du Grand Montréal qui l’a sauvé du naufrage et le tient maintenant en otage.

Rien n’illustre mieux ce dilemme que le débat sur la laïcité, où la population des circonscriptions multiethniques du Grand Montréal et celle du reste du Québec sont aux antipodes.

Le fils de Jean Charest a fait valoir que la défense inconditionnelle des libertés individuelles – donc l’opposition au projet de loi du gouvernement Legault – était « dans l’ADN » du PLQ.

Ce jeune homme ne connaît ni la biologie ni l’histoire de son propre parti.

Si l’ADN était immuable d’une génération à l’autre, il n’y aurait aucune diversité dans les populations et pas d’évolution des espèces.

Le PLQ de jadis, celui de Robert Bourassa et de Claude Ryan, a parfois fait primer ce qu’il croyait être l’intérêt collectif du Québec sur les libertés individuelles, notamment sur la question de l’affichage commercial en français à la fin des années 1980.

Je ne vais pas, cher lecteur, vous infliger un cours de philosophie politique, mais il faut être radicalement ignorant et radicalement doctrinaire pour réduire le libéralisme à la défense absolue et inconditionnelle de toutes les libertés individuelles, partout et en tout temps.

En fait, comparer le PLQ d’aujourd’hui, indissociable du PLC de Justin Trudeau, au PLQ de jadis est justement la preuve de la profonde mutation génétique subie par ce parti, amorcée sous Jean Charest et approfondie sous Philippe Couillard.

En gros, une formation d’abord québécoise, puis canadienne par intérêt et pragmatisme, est devenue une formation inconditionnellement canadienne, puis très accessoirement québécoise.

En tout cas, les électeurs de l’extérieur du Grand Montréal et de la région de la capitale fédérale l’ont vu ainsi et ont voté en conséquence.

Humilité

Soyons honnêtes : il reste des militants libéraux lucides.

Un jeune homme s’est présenté au micro pour dire son malaise de voir son parti taxer si allègrement de xénophobes tous ceux qui ne pensent pas comme la direction en matière de laïcité.

Le PLQ n’a pas, disait-il, « le monopole de la moralité ».

Tant que le PLQ s’obstinera à croire le contraire, la CAQ sera seule en piste et morte de rire.