/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le monde à l’envers de Charles Taylor

Le monde à l’envers de Charles Taylor
Photo d’archives, le Journal de Montréal

Coup d'oeil sur cet article

Dans le monde merveilleux de Charles Taylor, les justiciers sont des agresseurs. La religion peut-elle être une prison de la conscience ? Pas évident selon Charles Taylor. En tout cas, l’État ne devrait pas inciter ceux qui sont prisonniers d’une religion à s’en libérer.  

Taylor décrit les personnes à qui la loi 21 interdirait de porter des signes religieux comme des victimes de l’État. Des personnes qui ne pourront pas exercer un métier auquel elles aspirent parce que la loi leur demanderait de retirer leurs signes religieux. 

Les vrais agresseurs et les vraies victimes 

Mais M. Taylor ne se demande pas un seul instant si les croyants sont victimes de leur religion, ni si ceux qui sont en face des croyants qui brocardent leur religion sont aussi des victimes.  

Toute règle religieuse qui apporte de la souffrance devrait être sérieusement questionnée. Certains croyants sont terrorisés à l’idée de retirer les symboles religieux qu’ils portent. Ce sont des victimes de la religion. Parce qu’ils redoutent la damnation éternelle ou l’exclusion de leur communauté. Cette terreur, M. Taylor serait le premier à la dénoncer, avec raison, si elle provenait d’une organisation non-religieuse. 

Autour de ces croyants terrorisés, se trouvent aussi d’autres sortes de victimes. Des victimes d’un marketing religieux qui cible les enfants, les personnes fragiles, les malades, etc. Par-exemple, s’il paraît normal de protéger les enfants du marketing des compagnies qui cherchent à leur vendre différents produits, pourquoi ne serait-il pas normal de protéger les enfants contre le marketing religieux ?  

Charles Taylor est incapable de suivre cette logique. Parce que pour lui, la religion est par essence une bonne chose.  

Justification de la terreur religieuse 

Taylor va même jusqu’à prétendre que la terreur religieuse doit être endurée dans nos sociétés modernes parce qu’elle permet aux croyants de se mêler au reste de la société et ainsi d’échapper à l’intolérance de cercles religieux fondamentalistes. Ainsi, selon lui la loi 21 dit aux femmes : retournez «à la maison avec votre mari, vous n’avez pas le droit d’avoir une carrière !».  

Il ne lui vient pas un seul instant à l’esprit que diffuser les symboles de la terreur religieuse est aussi un moyen de l’étendre. Ni que dans notre société les femmes sont libres et qu’elles peuvent envoyer paître leur mari.  

Plutôt que de reconnaître que la loi 21 cherche à libérer les victimes de croyances religieuses qui inspirent la terreur, Taylor accuse au contraire la loi de transformer les croyants en victimes. C’est le monde à l’envers.  

Il insulte ses opposants 

Dans l’univers de Charles Taylor, le voile est un innocent symbole religieux. Il ignore complètement toutes les luttes que les musulmans modérés ont menées et mènent encore pour que les femmes musulmanes ne soient pas voilées. Alors que Djemila Benhabib explique que les femmes musulmanes qui refusent de retirer leur voile sont des intégristes, le philosophe a recours à l’insulte et assène que cette position est «ridicule». Ridicule à ses yeux peut-être, mais rigoureusement exacte et vérifiable dans plusieurs cas.  

Taylor prisonnier de ses croyances 

Sans le vouloir, Taylor a raison sur un point. La loi 21 est insuffisante pour déraciner le fondamentalisme religieux. Mais elle ne va probablement pas l’amplifier. À en juger par les réactions outrées des fondamentalistes religieux, elle leur pose problème. C’est très bien ainsi. 

Taylor paraît incapable de raisonner sur les croyances de manière logique. Catholique pratiquant, Taylor est en fin d’analyse lui-même prisonnier de ses croyances religieuses.