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«On n’a pas l’air d’une société décente», selon Gérard Bouchard

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Le projet de laïcité de l’État du gouvernement Legault est «radical» et nuit à l’image du Québec à l’étranger, estime Gérard Bouchard. «On n’a pas l’air d’une société décente», soutient le sociologue.    

Selon le cosignataire du rapport Bouchard-Taylor, la CAQ fait fausse route avec son texte de loi 21, qui interdit les signes religieux chez les employés de l'État en position d'autorité.     

Photo Simon Clark

M. Bouchard continue de dire qu’il s’agit d’un plan «radical» en raison du recours à la clause dérogatoire, l’arme judiciaire suprême pour éviter les contestations devant les tribunaux. «Si ce projet de loi n’était pas radical, on n’aurait pas besoin de recourir à la clause dérogatoire», a-t-il fait valoir mercredi, lors de son passage devant les députés.   

  

Plus encore, cette stratégie fait du tort à l’image de la province sur la scène internationale.     

Photo Simon Clark

«On a l’air de gens qui ne sont pas très sensibles aux droits fondamentaux et on a l’air d’une société qui n’est pas très démocratique parce qu’on recourt à des instruments comme la clause dérogatoire pour se soustraire à l’examen des tribunaux. On n’a pas l’air d’une société que j’appelle décente», a insisté le sociologue.    

Gérard Bouchard signale que la condamnation du Québec à l’étranger a déjà commencé, que ce soit dans les grands quotidiens du monde, dans les organismes de protection des droits ou les organismes internationaux.   

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Relancer le débat  

Il estime que l’adoption du projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette va relancer le débat sur les signes religieux, au lieu d’y mettre fin. «En adoptant cette loi, le gouvernement croit mettre fin au vieux débat sur les signes religieux. C’est peut-être l’argument qui s’avère le plus efficace auprès de la population. Or il est trompeur. Il est prévisible que la loi va au contraire relancer la controverse, en particulier dans la sphère juridique, mais également au sein de notre population».   

 L’universitaire a des mots durs pour le gouvernement libéral de Jean Charest, qui n’a pas appliqué son rapport sur les accommodements raisonnables en 2008. «S’il y a eu une erreur, c’est celle qui a été faite par le PLQ, par le gouvernement Charest, a-t-il dit. On est embourbé dans ce débat-là maintenant et c’est beaucoup plus difficile d’en arriver à une solution que ça ne l’aurait été il y a dix ans».   

Les agents coercitifs seulement  

S’il se limitait à interdire le port de signes religieux uniquement chez les policiers, juges et gardiens de prison, le gouvernement n’aurait pas besoin de recourir à la clause dérogatoire, croit le sociologue.   

«Les travailleurs sikhs qui travaillent au Port de Montréal sont obligés d’enlever leur turban pour mettre le casque de sécurité et sur ordre de la Cour supérieure, pourtant, c’est un droit fondamental, mais il y avait un motif supérieur, c’était la sécurité», a-t-il relaté.   

Empêcher les enseignants d’afficher leur conviction religieuse est une erreur aux yeux de Gérard Bouchard. «Le ministre avance des arguments comme le fait que de porter le hijab, ça entraîne tout de suite une forme d’endoctrinement chez les élèves, ou alors que ça peut traumatiser certains élèves. Ça n’a jamais été prouvé», a-t-il insisté.