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Faisons payer Uber

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Qu’on se le tienne pour dit, le « débarquement » d’Uber a fait plier Québec et c’est pourquoi le gouvernement Legault déréglemente l’industrie du taxi avec son projet de loi 17 concernant le transport rémunéré de personnes par automobile.

Ainsi les géants étrangers du taxi à la moderne, comme Uber et Lyft, vont pouvoir accaparer au fil des années une part de plus en plus grande du marché québécois du « transport rémunéré de personnes par automobile », et ce sans avoir eu à débourser une cenne de compensation financière pour le rachat des permis de taxi par le gouvernement du Québec.

COMBLE DE RIDICULE

Avouons que c’est tout un cadeau financier que l’on fait aux Uber et Lyft de ce monde alors que la facture du rachat des permis de taxi devrait atteindre les 770 millions de dollars, au minimum.

Québec, c’est-à-dire l’ensemble des contribuables, épongera 500 millions $. Le reste, soit 270 millions de dollars, sera perçu auprès des usagers par l’entremise d’une redevance par course de 90 cents.

Résumons le portrait : une multinationale envahit le Québec et on accepte de débourser 770 millions de dollars de notre poche pour dédommager les victimes, c’est-à-dire les détenteurs de permis de taxi, lesquels permis ne vaudront plus une cenne une fois la nouvelle loi caquiste adoptée.

LES IMPÔTS ?

Si François Legault et François Bonnardel (ministre des Transports et parrain du projet de loi) croient que les Uber et Lyft vont rapporter beaucoup d’impôts, ils risquent fort de se tromper.

Pourquoi ? Pour payer de l’impôt, encore faut-il que l’entreprise déclare un bénéfice imposable, ici même, au Québec.

Prenons le cas de Lyft, qui vient de faire son entrée en Bourse.

Au cours des trois dernières années, elle a déclaré chaque fois des lourdes pertes, allant de 680 millions $ US en 2016 et 2017, jusqu’à 910 millions de dollars américains en 2018.

Pour sa part, Uber, dont l’entrée en Bourse est prévue vendredi, a déclaré une perte de 4 milliards $ US en 2017. Et selon CBS, la perte s’élèverait à 3 milliards $ US en 2018. Ce qui laisse entendre une perte de 58 cents US par course !

Si Lyft et Uber perdent de l’argent dans le monde, pensez-vous sérieusement que le Québec fera exception.

Cela laisse présager que Lyft et Uber sont prêtes à dépenser des fortunes pour conquérir les marchés.

Fait important : les énormes pertes rapportées par Uber et Lyft n’ont pas nui à leur valorisation initiale en Bourse.

Lyft a fait son entrée (en mars dernier) avec une valorisation boursière de 20 milliards $ US et Uber devrait faire la sienne à hauteur d’environ 80 milliards $ US .

LA SOLUTION

Question d’équité envers tous les contribuables qui doivent assumer le rachat des permis de taxi dans le cadre de la nouvelle déréglementation imposée par le « débarquement » d’Uber au Québec, je propose l’imposition d’une taxe spéciale sur les revenus bruts (chiffres d’affaires) que les Uber et Lyft de ce monde encaisseront au Québec.

Je dis bien les « revenus bruts ».

La perception de cette « taxe spéciale » auprès des Uber, Lyft et cie, fut-elle que de 3 à 5 %, représenterait leur quote-part au rachat des permis.