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Le président américain cherche la bagarre

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Pour le président Trump, tous les moyens sont bons pour neutraliser le pouvoir de supervision des démocrates du Congrès et les amener à prendre le risque d’entamer des procédures de destitution, qu’il est convaincu de pouvoir tourner à son avantage.

La Constitution donne au Congrès de vastes pouvoirs d’enquête sur la présidence et l’exécutif, mais la Maison-Blanche de Donald Trump a une réponse toute préparée à toutes les demandes des comités menés par les démocrates : « Non ».

Cette politique du mur de briques vise au moins trois objectifs : préserver le secret des finances personnelles du président, épargner la Maison-Blanche de toute reddition de comptes et faire prévaloir la version teintée en rose des conclusions du rapport Mueller mise de l’avant par l’Attorney General William Barr.

Cette résistance pourrait contraindre les démocrates à prendre le risque d’entamer des procédures de destitution.

Pas de comptes à rendre

Avec la publication par le New York Times d’une enquête sur les pratiques fiscales passées douteuses de Donald Trump, l’intérêt pour la divulgation des déclarations d’impôt du président vient de monter d’un cran.

Le président tient mordicus à garder ses finances personnelles secrètes, même si cette résistance contrevient parfois à la loi. Que veut-il cacher ? On ne sait pas et il semble prêt à tout pour que ça reste ainsi.

En exerçant vigoureusement le pouvoir de supervision du Congrès après deux ans de complaisance, les démocrates comptaient bien pouvoir exposer au grand jour les travers de l’administration Trump. Le refus de la Maison-Blanche de collaborer aux commissions du Congrès constitue un pied de nez à cette exigence constitutionnelle.

Clore l’affaire russe

Par-dessus tout, les républicains cherchent à enterrer définitivement l’affaire russe en imposant dans l’esprit du public le mantra de Trump : No collusion, no obstruction.

En fait, comme l’ont soutenu des centaines d’anciens procureurs fédéraux dans une lettre publique, le rapport Mueller aurait normalement dû mener à des accusations d’entrave à la justice.

Pour confronter le président aux révélations accablantes de l’enquête Mueller, les démocrates préféreraient permettre aux principaux témoins de parler publiquement pour maintenir la pression sur Trump jusqu’à l’élection. Le problème est que la Maison-Blanche est déterminée à faire taire ces témoins.

Vers la destitution ?

Si leur pouvoir de supervision est neutralisé, les démocrates pourraient être contraints d’opter pour la destitution. Cela permettrait d’exposer clairement les preuves contre le président au grand public, mais il est extrêmement improbable que 20 sénateurs républicains prennent le risque de démettre un président qui tient leur base électorale dans le creux de sa main. Plusieurs démocrates craignent que le fait de mettre Donald Trump en accusation ne fasse que galvaniser les républicains en vue des élections de 2020, et qu’un Donald Trump innocenté, même par un vote purement partisan, sorte renforcé du processus. C’est ce que semble croire Trump lui-même, puisqu’il fait tout pour contraindre les démocrates à choisir cette option.

À tort ou à raison, Donald Trump pense qu’il est au mieux quand il est attaqué. Son souhait pourrait bien être exaucé.