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Saint-Henri : Un groupe anti-gentrification victime de la gentrification

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Triste ironie, un comité logement militant depuis 50 ans pour la défense des droits des locataires dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, se dit victime de l'embourgeoisement qu’il combat dans son propre secteur.

Le POPIR, pour Projet d’organisation populaire, d’information et de regroupement, lutte contre l’embourgeoisement et pour le logement social dans le Sud-Ouest de la métropole.

Ils ont scellé leurs derniers cartons ce jeudi avant de compléter un grand déménagement.

 

Photo Francis Pilon

  

L’organisme communautaire est situé sur la rue Notre-Dame depuis 15 ans. Au fil du temps, le secteur s’est rapidement embourgeoisé avec un marché du luxe offrant des condos, des cafés, des épiceries fines, etc.

«On est légalement évincé. Il y a eu un changement de propriétaire dans les locaux où on a emménagé il y a 15 ans. Le propriétaire voulait nous faire payer le prix du marché, mais notre organisme communautaire ne peut absolument pas se permettre ce prix. On n’a pas le choix de partir», a relaté Sandrine Belley, organisatrice communautaire au POPIR.

Cette dernière évalue que leur loyer de 2 $ le pied carré aurait grimpé à 9 $ le pied carré avec la valeur marchande imposée par le nouveau détenteur de l’immeuble.

Les baux commerciaux ne sont pas réglementés comme dans le secteur résidentiel au Québec. Au moment de renouveler un bail, la hausse de loyer d’un commerce est soumise au prix du marché.

«Les gens qui nous suivent vivent une certaine tristesse de voir le POPIR partir et c’est ironique comme situation. Ils se disent: si même le POPIR est évincé, qu’est-ce que nous allons devenir?» a témoigné Mme Belley.

 

Photo Francis Pilon

  

Moins de services

«On dit souvent que la gentrification amène des services de qualité dans un quartier, mais là, on se rend bien compte que ce n’est pas le cas. C’est plutôt l’inverse en nous expulsant du quartier», a critiqué Sandrine Belley.

«Un autre exemple, c’est les mesures alimentaires dans les écoles de la Commission scolaire de Montréal qui ont été coupées à Saint-Henri et aussi à Pointe-Saint-Charles, a-t-elle poursuivi. On n’offre plus de repas à 1 $. Pourquoi? Parce que ces quartiers ne sont plus considérés comme défavorisés avec la gentrification.»

L’organisme communautaire, qui fête son 50e anniversaire cette année, n’aura pas pignon sur rue dans Saint-Henri pour la première fois depuis sa fondation en raison de ce déménagement forcé. 

Le POPIR s’installera définitivement au Comité d'éducation aux adultes (CÉDA) de la Petite-Bourgogne à l’avenir et rouvrira seulement le 21 mai prochain.