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Une autre enquête qui n’aboutit pas!

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En 2005, Stephen King a publié un roman policier intitulé The Colorado Kid.

L’histoire d’un journaliste qui tente d’élucider une affaire vieille de 25 ans — la mort mystérieuse d’un homme dont le cadavre a été retrouvé sur une petite île au large du Maine.

Cette longue nouvelle (ou ce miniroman) de 184 pages a frustré de nombreux fans de King.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait aucune résolution. Le livre se termine sur un gros point d’interrogation.

On ne découvre jamais qui a tué cet homme ni pourquoi.

Un mystère mystérieux

« Dans les romans et dans les films, on résout toujours les mystères, a dit King. Le détective finit toujours par nous révéler qui a tué la victime et pourquoi. Tout s’éclaire ! Mais dans la vraie vie, ce n’est pas comme ça.

Dans la vraie vie, la plupart des cas ne sont pas résolus. On ne sait jamais ce qui est arrivé. »

Stephen King devrait venir passer quelques jours au Québec.

Il se sentirait chez lui.

Car ici, les enquêtes sur la corruption ressemblent à s’y méprendre à son roman.

Ça arrête net, frette, sec.

Pas d’accusation, pas de condamnation, rien.

Comme un roman policier dont on aurait arraché le dernier chapitre.

Les Dix petits nègres d’Agatha Christie, sans la lettre de la fin qui nous explique ce qui s’est passé.

Regardez la récente enquête de l’UPAC, qui a duré cinq ans : il y a bel et bien eu de la corruption, des mafieux ont bel et bien caché des liasses d’argent dans leurs bas, mais on ne sait pas qui est responsable.

La vie est un tel mystère !

Enquête avortée. Dossier classé. On passe à autre chose.

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Le fou de la librairie

Tout ça devient grotesque.

« J’espère que Dieu existe », a dit François Legault, hier.

Eh bien moi, j’espère juste voir de mon vivant la résolution de l’enquête Mâchurer sur le financement du Parti libéral du Québec, la résolution de l’enquête sur les transactions boursières douteuses d’un cadre de SNC-Lavalin, et la résolution de l’enquête visant des collecteurs de fonds libéraux et la Société Immobilière du Québec.

Le mystère de l’existence de Dieu, je peux vivre avec.

Mais le mystère des enquêtes avortées de l’UPAC et de l’AMF ?

C’est trop me demander.

À quoi ça sert de mobiliser autant de ressources, de dépenser autant d’argent et de consacrer autant de temps et d’énergie à enquêter si ça finit toujours en eau de boudin ?

Si on ne connaît jamais le fin mot de l’histoire ?

C’est comme si un fou s’amusait à arracher les dernières pages des romans policiers dans les librairies et les bibliothèques.

Ça ne donne rien

Au Québec, il y a de la corruption à profusion.

Mais on ne sait pas qui tire les ficelles.

On a filmé les principaux acteurs, on a enregistré leurs conversations, on a des milliers de pages de notes, de faits, de photos et de données... mais ça ne donne strictement rien.

Je comprends que les choses, dans la vraie vie, ne sont jamais aussi simples que dans les romans.

Mais un moment donné, faudrait pas nous prendre pour des cons non plus.