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Malhonnêteté intellectuelle

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Camarade Gratton, tu parles à travers ton chapeau et c’est vraiment dommage car tu démontres ton manque d’objectivité. Tu as voulu nous apprendre, à l’émission matinale Gravel le matin, à la radio de Radio-Canada, que Djemila Benhabib avait dit, en commission parlementaire, que les femmes qui portaient le voile étaient des intégristes. Or ce n’est pas du tout ce qu’elle a dit. Elle a plutôt affirmé que celles qui refuseraient d’enlever leur voile pendant leur travail de fonctionnaire et qui contestent la légitimité de l’État d’avoir des normes communes se comporteraient en intégristes. 

N’es-tu pas homme de nuances, Vincent Gratton ? Certains le croyaient jusqu’à tout récemment mais plusieurs de ces personnes ne le croient plus depuis que tu as fait preuve d’une évidente malhonnêteté intellectuelle. Car ce n’est pas la même chose de dire que toutes les femmes qui portent le voile sont des intégristes — ce qui est faux, bien entendu — que de dire que celles qui refusent de se plier à la loi qui va être adoptée sont très certainement des intégristes. Surtout quand on sait que rien n’oblige, dans la religion musulmane, les femmes à se couvrir en tout temps d’un voile. 

Tu as voulu très certainement discréditer la militante Djemila Benhabib, mais c’est toi s’es discrédité. Comme si tu étais en service commandé auprès de Québec solidaire, car on connaît tous ton penchant en faveur de cette formation politique qui ne cesse de nous étonner de jour en jour. Mais là, je sais, j’extrapole et tu te défendras très certainement d’être partial, c’est de bonne guerre, en faisant jouer ton penchant pour la vertu, ce dont nous sommes tous, y compris le Parti libéral du Québec, l’ultime allié de QS. 

Ne te vient-il pas un petit doute, parfois, à propos de tes certitudes que tu balances plusieurs fois par semaine sur les ondes de Radio-Canada ? Serions-nous si nombreux à ne pas entendre la voix de l’ « avant-garde autoproclamée », celle qui prétend monopoliser les idées de solidarité et de partage mais qui, en dernière instance, n’hésite pas à troquer ses beaux principes pour s’allier avec leurs ennemis d’hier afin de faire front commun contre le projet de loi 21 ? Serions-nous si nombreux à vouloir parachever la Révolution tranquille, à tel point que cette majorité vous fait peur et vous pousse à nous accuser, nous, la majorité désormais non silencieuse, de tous les maux, surtout les plus abjects, comme racistes, suprématistes blancs et xénophobes ? Vous pousse également à vous associer à cet intellectuel suranné et sénile à la réputation surfaite qui n’a jamais hésité, tout comme son mentor Trudeau, le défunt père de l’actuel premier ministre canadien, à dénoncer notre volonté d’indépendance et notre droit élémentaire à l’autodétermination. 

Votre rejet du gros bon sens, celui qui affirme qu’on ne veut plus de signes religieux dans la fonction publique pour la simple et bonne raison que nous sommes une société laïque, y compris dans l’enseignement, va pousser de nombreux progressistes dans le camp de la droite, mais ça, ça vous importe peu. Vous êtes davantage préoccupés par ceux qui exercent une forme de chantage en entretenant le mythe victimaire, en nous menaçant d’être privés de leurs bons et loyaux services si cette loi est adoptée parce qu’ils vont s’en aller ailleurs. Pourtant, et on le voit bien, cette abdication de la gauche a favorisé de nombreuses victoires de la droite en Europe. 

L’avant-garde éclairée que prétend être QS n’a que faire du combat pour la laïcité, tout comme il fut un temps où elle n’avait que faire de la loi 101 sur la langue française au Québec. Tu devrais t’excuser, camarade Gratton, si tu ne veux pas te couper du peuple qui appuie majoritairement le projet de loi 21. S’opposer au port de signes religieux chez les employés de l’État n’est pas une attaque envers des minorités, ni faire preuve d’islamophobie. C’est ouvrir grandes les portes à notre culture et à notre idiosyncrasie.