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Pour ou contre Donald Trump, l'opinion des Américains est très divisée et largement fixée

Pour ou contre Donald Trump, l'opinion des Américains est très divisée et largement fixée
AFP

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Les Américains sont extrêmement divisés et ont une opinion très largement inamovible au sujet de leur président, mais celui-ci perd des appuis dans une partie cruciale de son électorat, soit ceux qui avaient opté pour Barack Obama en 2012 avant de jeter leur dévolu sur Donald Trump en 2016.  

Quand on suit la politique américaine au jour le jour, on a l’impression parfois d’être dans des montagnes russes où l’humeur de l’électorat varie brusquement, au gré des sautes d’humeur non moins brusques d'un président qui prend beaucoup de place. En fait, il n’en est rien. L’opinion américaine au sujet du président Trump bouge, mais l’ampleur de ses fluctuations dépasse rarement la marge d’erreur des instruments dont on dispose pour la mesurer.   

Par exemple, on a vu cette semaine des manchettes qui rapportaient que la maison Gallup a mesuré le plus haut taux d’approbation pour le président Trump depuis le début de son mandat (46% approuvent; 50% désapprouvent; voir ici ). Il s’agit d’une amélioration marquée si on compare ces chiffres à ceux de mars, mais il serait imprudent d’extrapoler en prédisant une poursuite de cette remontée qui permettrait à Donald Trump de gambader allègrement vers une victoire certaine en 2020.  

La réalité est que l’électorat américain est extraordinairement peu enclin à changer d’idée lorsqu’il est question du président actuel et qu'il est fort probable qui est aujourd'hui proche du plafond de ses appuis. Selon la dernière étude du projet «VOTER Study Group» mené par le Democracy Fund (un organisme non partisan), qui mène des enquêtes répétées auprès d’un échantillon de plusieurs milliers d’Américains adultes, 85% d’entre eux n’ont jamais changé d’opinion au sujet de Donald Trump depuis le lendemain de l’élection de 2016. Non seulement l’électorat est-il largement figé, mais il est aussi extrêmement divisé sur plusieurs enjeux fondamentaux.    

 

Un électorat fondamentalement divisé  

Comme le montre le graphique 1, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir a entraîné une polarisation partisane des perceptions sur des sujets en principe neutres comme l’état du pays ou de l’économie. En bref, l’affiliation partisane dicte largement les perceptions des individus. Les républicains sont convaincus que tout va formidablement alors que pour les démocrates, c’est l’enfer. J’exagère, mais pas beaucoup.  

Graphique 1. Divisions partisanes sur la direction du pays, l’économie et les finances des ménages  

Là où les deux partis se rejoignent, c’est dans les sentiments exprimés à l’égard de la politique: 74% se disent dégoûtés de la politique (80% des démocrates et 68% des républicains), 65% sont fâchés (74% et 58%), 60% sont tristes (69% et 53%) et 56% sont anxieux (67% et 45%). Les sentiments positifs, pour leur part, sont minoritaires dans les deux partis.  

Les idées sont faites sur Trump  

Le constat le plus clair de cette étude porte toutefois sur l’extrême rigidité des opinions sur le président Trump depuis son élection. Le graphique 2 montre comment les personnes sondées ont évolué lors des quatre vagues de l’enquête dont la première était en décembre 2016). Ce qui est remarquable est que 85% des personnes sondées n’ont jamais changé d’idée. 48% ont exprimé des opinions défavorables à tous les sondages et seuls 36% ont été constants dans leur appui à Donald Trump. Un peu moins de la moitié (49%) ont émis une opinion favorable au président à un moment ou un autre.   

Graphique 2. La plupart des Américains ne changent pas d’opinion à propos de Donald Trump  

En d’autres termes, l’auteur du rapport juge que le plancher de l’approbation de Donald Trump se situerait à 36% alors que son plafond serait à 49%. Cette observation correspond assez bien à ce qu’on observe dans l’évolution des moyennes compilées par les deux principaux agrégateurs de sondages, FiveThirtyEight (maximum 48%, minimum 36%) et Real Clear Politics (maximum 46%, minimum 37%).  

Est-ce que cela signifie que Donald Trump va nécessairement perdre en 2020? Non. Il est trop tôt pour faire des prévisions fermes, mais ceux qui s’y aventurent tendent à donner de bonnes chances de réélection au président Trump, dans certains cas supérieures à 50% (c’est le cas, par exemple, des prévisionnistes de Goldman Sachs et du groupe Eurasia).    

Il convient de rappeler que Trump a gagné en 2016 avec trois millions de votes de moins que son adversaire et seulement 46% du vote populaire. Il n’a donc pas besoin de crever son «plafond» de 49% pour prévaloir en 2020. Par contre, l’étude du VOTER Study Group détecte une tendance qui augure plutôt mal pour la réélection du président. En effet, pour gagner de nouveau ne 2020, Donald Trump a besoin de garder les électeurs qui ont voté pour lui après avoir opté pour Barack Obama en 2012, ceux-là même qui ont fait toute la différence dans les États clés que Trump a remporté à l’arraché. Or, l’étude enregistre dans ce groupe une forte baisse (de 85% à 66%) des perceptions favorables à l’endroit de Trump.   

Graphique 3. Le président Trump perd de la popularité chez les transfuges Obama-Trump  

En bref, si l’économie tient bon, le président Trump a de bonnes chances de se faire réélire en 2020, mais il navigue à contre-courant de l’opinion publique et il devra compter sur les votes de nombreux électeurs qui ont une opinion négative sur sa personne et sur sa performance. La seule chose qu’on peut prédire à ce stade-ci à partir de ces données est que toutes les luttes et les confrontations qui monteront en crescendo jusqu’en novembre 2020 risquent de faire bouger un bien petit nombre d’électeurs. Par contre, ces confrontations ont de bonnes chances d’augmenter considérablement l’âpreté des divisions entre concitoyens et les perceptions négatives de la population envers la politique et les politiciens, ce qui n’augure rien de bien favorable pour la démocratie américaine.  

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM . On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM