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Démolition du vieux pont Champlain: craintes d’une importante pollution

Des environnementalistes redoutent les conséquences de la démolition du vieux pont Champlain

Pont Champlain
Photo d'archives Le nouveau pont Champlain (à droite) ouvrira fin juin, ce qui provoquera la fermeture définitive du vieux pont (à gauche). Celui-ci sera démoli dès le printemps 2020.

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Des environnementalistes craignent que la démolition du pont Champlain crée une pollution importante dans le Saint-Laurent sans une surveillance fiable et indépendante des travaux.

Plomb, graisses, peinture antifongique et possiblement de l’amiante. Les sources de contamination sont nombreuses dans le béton et les pièces métalliques du vieux pont Champlain construit en 1962.

À compter de 2020, ces éléments seront peu à peu démantelés, puis découpés et transportés hors du chantier, où ils seront recyclés, réutilisés ou détruits, selon le plan du propriétaire de la structure, la société Les Ponts Jacques-Cartier et Champlain incorporée (PJCCI).

« Mais pour l’entrepreneur qui fait les travaux, laisser tomber des matériaux dans le fleuve, ce sont des coûts en moins », s’inquiète Daniel Green, président de la Société pour vaincre la pollution.

Ce dernier se réjouit que PJCCI ait produit une analyse environnementale du projet de déconstruction, mais il espère aussi que les moyens d’assurer la préservation de l’environnement seront renforcés.

« Il faut un échantillonnage des sols plus important en aval du pont avant les travaux, parce que ça permet de contrôler les impacts de la déconstruction », insiste M. Green.

L’Entrepreneur se surveille

Pour Alain Saladzius, cofondateur de la Fondation Rivières, il est nécessaire que la surveillance du chantier « soit faite sous la responsabilité immédiate de Pêches et Océans Canada lors des activités susceptibles de mettre en suspension des sols contaminés ».

« Actuellement, c’est l’entrepreneur qui se surveille », fait-il remarquer.

M. Saladzius s’inquiète aussi des matériaux qui seront utilisés pour construire d’éventuelles jetées temporaires au pied du pont.

« Les matières en suspension doivent être mesurées à 100 mètres des jetées et ne devraient pas dépasser 25 mg/l. Et il faut des pénalités en cas de dépassement », ajoute-t-il.

« L’impact des jetées est énorme sur l’habitat du poisson, notamment », confirme Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP).

« L’analyse environnementale du projet parle d’une compensation, mais donne peu de détails sur son étendue, poursuit-il. Ce n’est pas le même coût si on compense en préservant un terrain de 10 mètres carrés ou un terrain de 10 hectares. »

Vérifications promises

Du côté de PJCCI, on assure que les critères et cibles environnementaux seront inclus dans l’appel d’offres, et l’entrepreneur devra s’y conformer sous peine de sanction.

« De notre côté, nous ferons des contre-vérifications tout au long du chantier », précise la porte-parole Nathalie Lessard.

Pêches et Océans Canada indique en revanche qu’il est trop tôt pour savoir quels moyens il mettra en œuvre pour s’assurer du respect des zones d’habitat des poissons.

Des centaines d’espèces à protéger

Le pont Champlain est un lieu de refuge important pour 76 espèces d’oiseaux et 96 espèces de poissons. Même si l’environnementaliste Daniel Green considère qu’un « massacre » a déjà eu lieu lors de l’érection du nouveau pont, l’analyse environnementale de la démolition de la vieille structure indique que « des effets sont appréhendés sur l’habitat du poisson, les oiseaux migrateurs et les espèces en péril pendant les travaux ». Le Journal fait un tour d’horizon de quelques-unes des espèces qu’il faudra préserver.

Faucon pèlerin

Pont Champlain
Photo courtoisie

Le pont Champlain héberge chaque année depuis 2012 un couple de faucons. Ces rapaces classés comme espèce vulnérable reviennent chaque printemps nicher dans la structure en béton pour y mettre leurs œufs. Ils devront changer de demeure à compter de 2020. « L’analyse environnementale indique que les nichoirs seront démantelés en hiver quand les faucons sont dans le sud. Mais on ne sait pas trop comment ils seront relocalisés », fait remarquer Alain Branchaud, de SNAP Québec.


Couleuvre brune

Pont Champlain
Photo courtoisie

La couleuvre brune a déjà donné des maux de tête aux concepteurs de l’échangeur Turcot, puisque sa seule présence peut retarder un chantier, le temps qu’elle soit relocalisée. Classée comme espèce vulnérable, cette couleuvre affectionne particulièrement les terrains en friche et se trouve en abondance aux abords du pont Champlain, du côté de Montréal et de L’Île-des-Sœurs.


Hirondelle à front blanc

Pont Champlain
Photo courtoisie

Les hirondelles adorent le béton puisque c’est sur ce matériau poreux qu’elles bâtissent leurs nids de boue. En 2018, on dénombrait 379 nids sur le pont Champlain. Il semblerait que les hirondelles ont fui l’agitation des travaux du nouveau pont pour s’établir à quelques centaines de mètres, sur la structure de l’estacade, où la Société des Ponts a installé des poutrelles de nidification.


Oiseaux migrateurs

Pont Champlain
Photo courtoisie

Les Îles de la Couvée, situées entre le pont Champlain et le pont Victoria, font partie du réseau national d’aires protégées. Elles abritent une importante colonie de goélands à bec cerclé, mais aussi 34 autres espèces d’oiseaux aquatiques qui transitent à cet endroit au printemps et à l’automne pour y déposer leurs œufs. Ces îles ne pouvant pas être déplacées, elles devront être protégées contre les poussières et les eaux contaminées durant les travaux.


Poissons

Pont Champlain
Photo courtoisie

L’analyse environnementale du projet de démolition recense 15 espèces de poissons vulnérables dans le secteur du pont Champlain, dont l’anguille d’Amérique classée comme espèce menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). La présence de ces espèces empêchera les travaux dans l’eau entre les mois d’avril et d’août afin de ne pas nuire à leur reproduction. Par ailleurs, le rapport souligne la présence de deux espèces envahissantes de poissons, le gobie à taches noires et la truite arc-en-ciel. L’entrepreneur chargé des travaux devra trouver des moyens pour limiter la propagation de ces espèces durant les travaux.