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Le maire s’accroche malgré l’enregistrement gênant

Stéphane Maher a offert un emploi à un conseiller dont il voulait se débarrasser

Stéphane Maher-Facebook
Photo tirée de Facebook Le maire de Saint-Jérôme, Stéphane Maher, en présence du conseiller Mario Fauteux lors d’un événement en 2017.

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Québec lance une deuxième enquête sur le maire de Saint-Jérôme, qui refuse de quitter son poste malgré l’existence d’un enregistrement accablant.

Notre Bureau d’enquête révélait hier que le maire Stéphane Maher a été enregistré à son insu, en 2017, en train d’offrir un « emploi prestigieux » à un conseiller municipal qu’il ne voulait plus dans son parti.

Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a déposé mardi deux constats d’infraction pour manœuvre électorale frauduleuse contre le maire Maher.

Hier, c’était au tour de la Commission municipale du Québec de démarrer une enquête sur les agissements du maire. S’il était reconnu coupable au terme de ces deux processus, le maire Maher pourrait perdre son poste ou écoper d’une suspension.

Ce dernier a refusé d’accorder des entrevues hier, sur les conseils de ses avocats. Il a plutôt fait parvenir une courte déclaration écrite dans laquelle il a dit être certain d’être blanchi des accusations.

« Dois-je rappeler que ni Mario Fauteux ni André Marion [les deux conseillers qui ont porté plainte au DGEQ] n’ont obtenu de poste à la Ville de Saint-Jérôme ou à la MRC ? » s’est-il justifié, rappelant qu’il a enregistré des plaidoyers de non-culpabilité au DGEQ.

Démission réclamée

En plus des conseillers Marion et Fauteux, deux conseillères indépendantes souhaitent aussi que Stéphane Maher quitte son poste.

« C’est inacceptable ce que M. Maher a fait [...] La population n’a plus confiance en cette administration. Le maire devrait carrément démissionner », a lancé l’une d’elles, Nathalie Lasalle, en marge des assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec, hier.

Une ville sous le choc

La nouvelle a créé une véritable commotion à l’hôtel de ville de Saint-Jérôme.

« C’est un choc de voir cette histoire-là sortir. Je pense que les citoyens ressentent le choc comme moi. [...] On a besoin du lien de confiance avec la population, comme classe politique », a commenté hier le député de Saint-Jérôme, Youri Chassin.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, n’a pas voulu émettre de commentaire hier étant donné que le dossier est judiciarisé.

- Avec Nicolas Lachance


Ce que le maire avait dit en 2017 au conseiller municipal

« Je ne te garderai pas comme conseiller municipal. [...] En compensation, j’ai quelque chose d’intéressant pour toi. [...] J’ai deux, trois postes prestigieux à t’offrir. »

« Je sais que le parc, c’est un de tes rêves de le gérer, je te l’offre sur un plateau d’argent [...] Je t’offre tout. »

« Mario, tu choisiras ce que tu veux, je vais te payer, ciboire. »

Ce que le maire a dit ce jeudi

« En aucun cas n’ai-je promis des emplois [...] Ces allégations sont fausses et mensongères. »

 

Duchesneau ne peut enquêter

Jacques Duchesneau.
Patron du BIPA
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES
Jacques Duchesneau. Patron du BIPA

L’inspecteur général de Saint-Jérôme, Jacques Duchesneau, affirme qu’il n’a pas les pouvoirs pour enquêter sur le maire Maher.

Saint-Jérôme s’est dotée en 2017 d’une instance pour lutter contre la corruption, le Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative (BIPA), à l’instar de ce que l’on retrouve à Laval ou à Montréal avec le Bureau de l’inspecteur général.

Or, M. Duchesneau a indiqué hier que le BIPA ne pourra faire enquête sur les agissements du maire, puisque son mandat se limite aux contrats accordés par la Ville.

Indépendant

Dans les extraits de l’enregistrement rendus publics hier par notre Bureau d’enquête, on entend le maire Maher affirmer être au courant des opérations du BIPA.

Cela est impossible, selon M. Duchesneau, qui avait déjà réaffirmé son indépendance à ce sujet en 2017.

« Moi, je ne suis pas responsable de ce que le maire dit. [...] Moi, je ne parle pas au maire », a-t-il déclaré hier.

C’est M. Maher, qui a annoncé la création du BIPA en 2017, mais Jacques Duchesneau tient à prendre ses distances.

« J’ai rencontré le maire le 17 mars 2017 quand on a lancé BIPA. Je l’ai rencontré un an plus tard quand on a déposé notre premier rapport annuel et une fois cette année, le 11 mars, où j’ai déposé mon deuxième rapport annuel. C’est tout », a-t-il affirmé hier.