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Violent crash d’un jet construit à Montréal

Le pilote volait sans licence et avait déjà travaillé pour le dangereux trafiquant mexicain El Chapo

Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.
Photo tirée de Facebook Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.

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Le célèbre jet d’affaires Challenger de Bombardier, assemblé à Montréal depuis 1980, vient de connaître, au Mexique, l’accident le plus meurtrier de son histoire. Le pilote en cause a eu une vie mouvementée : il a travaillé pour le trafiquant de drogue El Chapo et a refusé une mission risquée en Libye dans laquelle SNC-Lavalin était impliquée indirectement.

Les 10 passagers et trois membres d’équipage qui étaient à bord du Challenger 601 construit en 1989 ont connu une fin atroce, dimanche dernier.

Les passagers étaient des membres de deux familles mexicaines ainsi que deux amis qui avaient assisté à la victoire du boxeur mexicain Canelo Álvarez sur l’Américain Daniel Jacobs, à Las Vegas.

Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.
Photo tirée de Facebook

« Voler plus haut »

Voulant éviter une tempête, le pilote, José Talavera, a fait grimper l’avion jusqu’à 40 000 pieds, une altitude inhabituelle pour un appareil de cette taille rempli à pleine capacité.

« Je vais essayer de voler plus haut » ont d’ailleurs été les dernières paroles que M. Talavera a adressées à la tour de contrôle, d’après le journal local La Prensa de Monclova.

Selon les premières constatations de l’enquête qui ont fuité dans des médias mexicains, le pilote a ensuite commis une erreur qui a fait piquer l’avion en chute libre. L’infernale descente a duré deux longues minutes. Les corps de sept des victimes étaient calcinés.

Bombardier sur le terrain

Jeudi, des enquêteurs du Conseil national de la sécurité des transports des États-Unis, des ingénieurs de Bombardier et un représentant du Bureau de la sécurité des transports du Canada sont arrivés au Mexique pour tenter d’élucider le drame. Les deux boîtes noires de l’appareil ont été retrouvées en bon état.

L’accident est le deuxième plus grave à avoir jamais frappé un jet d’affaires de Bombardier. En 2008, un Learjet 45 s’était écrasé à Mexico, tuant les neuf occupants de l’appareil, dont un ministre mexicain, et sept personnes au sol.

 

Au service d’El Chapo

Joaquín «El Chapo» Guzmán
Photo d'archives
Joaquín «El Chapo» Guzmán

■ José Talavera, le pilote du Challenger qui s’est écrasé le 5 mai au Mexique, a été arrêté en 2006 à l’aéroport de Tijuana pour avoir fait partie d’une cellule au service du célèbre narcotrafiquant Joaquín « El Chapo » Guzmán, a révélé le quotidien El Universal.

José Talavera
Photo tirée de Facebook
José Talavera

■ Les autorités mexicaines soupçonnaient les 11 membres de la cellule de s’être adonnés à du crime organisé, à du trafic de sans-papiers et à de la possession d’armes.

■ Ironiquement, le gouvernement mexicain s’est servi d’un avion Challenger 605 pour livrer El Chapo aux Américains, en janvier 2017.

■ En février dernier, El Chapo (le trapu) a été reconnu coupable sur toute la ligne par un tribunal fédéral à New York. Il connaîtra sa peine le mois prochain.

■ Notons que la licence de pilote de M. Talavera n’était plus valide et que le Challenger qui s’est écrasé au Mexique dimanche ne détenait pas le permis requis pour faire du taxi aérien dans le pays.

Deux familles décimées

Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.
Photo tirée de Facebook

L’avion avait été nolisé par Luis Octavio Reyes Dominguez, 54 ans, et Ramon Amauri Vela, 57 ans, deux cadres de l’entreprise pétrolière Typhoon Offshore, propriété du milliardaire mexicain Ricardo Salinas Pliego. Sur la photo, les enfants de M. Reyes Dominguez : Jade Paola, 26 ans, Frida Alejandrina, 19 ans, et Guillermo Octavio, 23 ans.

Proprio sulfureux

Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.
Capture écran, NBC Latino

Le Challenger était enregistré au nom de la firme américaine TVPX, mais il appartenait en fait à l’homme d’affaires mexicain Christian Esquino, selon Reforma. Aux États-Unis, M. Esquino a déjà plaidé coupable à des infractions de sécurité aérienne et il a fait de la prison pour une affaire fiscale. En 2012, un autre de ses avions, un Learjet de Bombardier, s’est aussi écrasé, faisant sept morts, dont la chanteuse Jenni Rivera.

Non à Kadhafi

Le Challenger 601 construit en 1989 dans l’usine Canadair de l’arrondissement Saint-Laurent a été complètement détruit.
Photo AFP

En 2011, un groupe obscur a contacté José Talavera et deux autres pilotes. On voulait qu’ils fassent entrer clandestinement au Mexique Saadi Kadhafi, l’un des fils de l’ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi. Les trois hommes ont refusé. Impliquée dans le complot, la Canadienne Cynthia Vanier, a reçu 113 000 $ de SNC-Lavalin.

D’autres accidents marquants

■ En mars 2018, un Challenger 604 s’écrase en Iran, faisant 11 morts, dont une riche héritière turque, Mina Basaran, qui revenait d’un enterrement de vie de jeune fille aux Émirats arabes unis.

■ En janvier 2017, un Challenger 604 est lourdement endommagé après avoir été entraîné dans le sillage d’un Airbus A380 au-dessus de la mer d’Arabie.

■ En avril 1980, un Challenger 600 s’écrase pendant un vol d’essai dans le désert de Mojave, en Californie.