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Le sport leur a permis de surmonter leur différence

Beatrice Ouedraogo et Nambia Basile Soulama ont deux enfants, David et Kamel Elias.
Photo Alex Drouin Beatrice Ouedraogo et Nambia Basile Soulama ont deux enfants, David et Kamel Elias.

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Deux Burkinabés frappés par la poliomyélite depuis leur tendre enfance ont surmonté leur handicap pour devenir des athlètes accomplis et fonder une famille à plus de 7000 km d’où ils sont nés.

Nambia Basile Soulama et Beatrice Ouedraogo sont nés au Burkina Faso, un petit pays de l’Afrique de l’Ouest.

Atteints de la poliomyélite, une maladie qui s’attaque au système nerveux et qui peut causer une paralysie complète, ils étaient prédestinés à ne « jamais avoir une vie normale ».

Ils ont été contraints de se déplacer en fauteuil roulant toute leur vie.

Pourtant, leur handicap ne les a pas empêchés de relever de nombreux défis et de mener une vie enlevante.

Dans les années 1990, ils étaient des para-athlètes bien en vue dans leur pays. Lui en basketball et elle en athlétisme.

« Le sport me permettait de me sentir comme les autres », souligne-t-elle.

Le couple a connu une belle carrière sportive.
Photo courtoisie
Le couple a connu une belle carrière sportive.

« Lorsqu’on passait à la télévision et que l’on faisait des compétitions, les gens voyaient en nous le champion qu’on était et non la personne qui était en fauteuil roulant », ajoute son conjoint.

Pour les deux, le sport leur permettait de surmonter leur différence.

Enfances difficiles

Loin d’être un long fleuve tranquille, leur vie a été semée de nombreuses embûches.

Beatrice Ouedraogo atteinte de poliomyélite à neuf mois n’a jamais marché.

Elle se souvient de moments difficiles de son enfance lorsque certains jeunes la montraient du doigt.

« Je ne voulais pas suivre le chemin que les autres avaient tracé pour moi, c’est-à-dire celui d’un mendiant qui ne pouvait rien faire de sa vie », poursuit-elle.

De son côté, Nambia Basile Soulama avait quatre ans lorsque sa jeune vie a basculé.

Après avoir pratiqué le basketball, Nambia Basile Soulama s’est mis à l’athlétisme.
Photo courtoisie
Après avoir pratiqué le basketball, Nambia Basile Soulama s’est mis à l’athlétisme.

« J’étais en train de jouer au soccer avec mes amis lorsque mes jambes se sont mises à trembler, se souvient-il. Je me suis écroulé par terre. »

Au cours des années qui ont suivi, son père a tenté de savoir pourquoi son troisième enfant ne pouvait plus se servir de ses jambes.

« On disait de moi que j’avais une malédiction et que j’étais un enfant qui apportait le malheur », révèle-t-il en mentionnant qu’il était très solitaire en raison de sa maladie.

« Toutes les mauvaises choses qu’on a dites à mon sujet on fait de moi une personne déterminée, car je voulais leur prouver qu’ils avaient tort », confie-t-il.

Il apprend à lire à 17 ans

Ne sachant pas lire à l’aube de sa vie d’adulte, car son père n’avait pas les moyens de l’envoyer à l’école, le jeune Nambia Basile s’est débrouillé pour apprendre à lire et à écrire vers l’âge de 17 ans.

« Une religieuse m’a vu dans mon coin alors que j’essayais de lire un livre. Elle est venue et m’a aidé. Trois ans plus tard, je savais lire », révèle-t-il avec fierté.

Pour ce qui est des autres matières scolaires, il empruntait les notes de classe de ses camarades qui eux, avaient les moyens d’aller à l’école.

Lorsqu’il a passé un test pour obtenir l’équivalent d’un diplôme de secondaire cinq, il se souvient avoir obtenu une note légèrement au-dessus de 90 %.

Première rencontre

Ils se sont rencontrés la première fois à l’église en 1999 alors qu’une amie commune les a présentés l’un à l’autre.

« Il m’a demandé si je connaissais un endroit où il pouvait s’entraîner et je lui ai parlé d’un stade où tous les athlètes se réunissaient pour le faire », raconte l’athlète native du Burkina Faso.

Ils se sont côtoyés pendant environ un an avant de réaliser qu’ils avaient développé des sentiments amoureux l’un pour l’autre.

« Il venait souvent chez moi après les entraînements et on pouvait parler pendant des heures », a dit Beatrice Ouedraogo avec un large sourire.

Citoyens canadiens

« Notre plus grande fierté, c’est d’être arrivés à contrer ce à quoi les autres nous prédestinaient », indique avec fierté ce citoyen canadien de 46 ans qui demeure à Sherbrooke depuis 2007.

Son épouse, d’un an son aînée, est arrivée en 2001.

Lui travaille comme assembleur dans une entreprise spécialisée pour les appareils orthopédiques et elle, elle gagne sa vie dans une compagnie de chaussures en étant commis de finition.

Depuis leur arrivée, ils ont aussi fondé une famille. Ils ont deux enfants, David et Kamel Elias qui ont respectivement 10 et 7 ans.

 

Réunis au Québec

Beatrice Ouedraogo et Nambia Basile Soulama ont deux enfants, David et Kamel Elias.
Photo Alex Drouin

Beatrice Ouedraogo a mis les pieds au Canada la première fois lors des Jeux de la Francophonie qui se tenaient à Ottawa en 2001.

« J’étais très fatiguée du voyagement et ça n’avait pas très bien été pour moi lors des compétitions », admet la para-athlète qui représentait le Burkina Faso.

En revanche, ces jeux ont changé la vie de ce couple alors dans la jeune trentaine.

Voyant que les conditions de vie étaient très différentes de ce que l’on retrouvait dans leur pays, ils ont décidé d’un commun accord qu’elle resterait au Canada et qu’il tenterait de venir la rejoindre dès qu’il le pourrait.

Lorsqu’ils ont pris cette décision, jamais le couple n’aurait pensé être séparé si longtemps. Pendant six ans.

« Il fallait prouver à l’immigration qu’on était réellement un couple en leur fournissant des preuves telles que des photos de nous ou des lettres qu’on s’était écrites dans les années passées », a-t-elle relaté en mentionnant qu’elle avait choisi de s’installer à Sherbrooke puisque son entraîneur de l’époque habitait dans cette ville.

Elle reconnaît que les six années ont été longues, mais qu’elle ne s’est jamais découragée.

« Je suis allée voir mon député tellement souvent pour avoir de l’aide que j’ai possiblement fatigué sa secrétaire », lance-t-elle avec humour.

Le 6 mars 2007 restera gravé dans leur mémoire puisque c’est cette journée-là qu’ils ont appris qu’il pouvait venir s’installer au Canada. Huit mois plus tard, il arrivait au Québec pour retrouver Beatrice.

Choc culturel

« Ç’a été un choc, se souvient Nambia Basile Soulama. Je suis arrivé en plein hiver et je ne suis pas sorti pendant une semaine. »

Il a eu le mal du pays pendant plusieurs mois et a trouvé difficile de s’adapter à sa nouvelle vie au Québec.

« Chez moi, on frappe aux portes de nos voisins pour leur dire bonjour, mais pas ici. »

Il a dû faire une croix sur son travail en électronique étant donné que ses acquis n’étaient pas reconnus au Québec.

« C’était très décourageant », confie-t-il.

Sa conjointe reconnaît que ce fut difficile pour eux, mais qu’ils n’ont jamais pensé retourner vivre dans leur pays.

« On pourrait dire que ce qui nous distingue des autres c’est qu’on a appris à tout relativiser à cause de notre handicap », explique l’homme de 46 ans.

Puis, ils ont pris l’habitude. Ils ont appris à apprécier leur nouvelle vie à Sherbrooke.

Ils haussent candidement les épaules lorsqu’on leur demande comment ils ont fait pour élever leurs deux enfants, David et Kamel Elias, tout en étant en fauteuil roulant. Ils répondent qu’ils ont fait comme tous les parents, en s’armant de patience.

« Nous étions comme des briques laissées de côté pour la construction d’une maison et maintenant nous sommes les fondations d’une famille. Ça nous rend très fiers », conclut le père de famille.