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Ristournes sur les médicaments: des pharmacies soupçonnées de déjouer les règles

Ils auraient trouvé un autre stratagème pour contourner les règles des ristournes sur les médicaments

Cette pharmacie Proxim située à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud, fait partie d’une liste obtenue par notre Bureau d’enquête de participants au programme FIT. Ce programme pourrait contourner les règles de déontologie, selon l’Ordre des pharmaciens du Québec.
Photo d’archives, Chantal Poirier Cette pharmacie Proxim située à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud, fait partie d’une liste obtenue par notre Bureau d’enquête de participants au programme FIT. Ce programme pourrait contourner les règles de déontologie, selon l’Ordre des pharmaciens du Québec.

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Quatre ans après avoir imposé des amendes à 200 pharmaciens qui avaient favorisé les médicaments distribués par le géant McKesson, l’Ordre des pharmaciens s’intéresse à un nouveau stratagème qui aurait été mis en place pour contourner les règles.

Le syndic de l’Ordre soupçonne plusieurs pharmaciens d’avoir touché des ristournes plus élevées que celles permises par l’État, des fournitures gratuites comme des fioles ou encore des réductions de frais d’affiliation à la bannière Uniprix ou Proxim (voir ci-dessous).

Ils auraient obtenu ces avantages en se joignant à un nouveau programme appelé FIT, mis en place par le distributeur de médicaments McKesson.

« L’évaluation sommaire du programme me porte à croire que ce dernier pourrait être en conflit avec le cadre législatif régissant l’exercice de la profession de pharmacien », écrit le syndic Richard Nadeau dans une lettre obtenue par notre Bureau d’enquête.

Rien par écrit

Curieusement, pour le nouveau programme, il n’y a aucun document écrit. Tout se fait de façon verbale entre les représentants de McKesson ou de la bannière et les pharmaciens affiliés.

En 2015, plus de 200 pharmaciens affiliés à Proxim avaient reconnu avoir enfreint leur code de déontologie et payé des amendes allant jusqu’à 12 500 $ pour avoir adhéré à un programme de conformité jugé illégal par l’Ordre.

Le programme leur proposait d’acheter plus de 90 % de leur stock de médicaments sur une liste préférentielle, notamment ceux de Sivem, la marque maison de McKesson. En échange, ils avaient droit à des chèques, des ristournes, des rabais, des commissions ou d’autres avantages.

40 millions $

McKesson avait également accepté de verser 40 millions $ en amende à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) sans toutefois reconnaître la moindre faute. L’entente était confidentielle.

Cette fois-ci, la multinationale qui est propriétaire des bannières Proxim et Uniprix soutient que les pharmaciens n’ont pas enfreint les règles. Le président-directeur général d’Uniprix, Alain Arel, a d’ailleurs cru bon d’écrire à ses pharmaciens à la suite du déclenchement de l’enquête de l’Ordre pour leur dire qu’ils avaient droit d’utiliser ce qu’il appelle « l’option FIT ».

Dans la lettre, il dit qu’il s’agit simplement d’une option du système informatique de la chaîne qui peut être activée ou désactivée en tout temps, et qu’il n’y a donc pas lieu de signer d’entente écrite.

L’option permettrait notamment de collecter et de redistribuer plus facilement les ristournes sur les médicaments. Le gouvernement autorise une ristourne maximale de 15 %.

« Cela permet également un gain de temps pour les pharmaciens-propriétaires. Ainsi, le pharmacien peut passer plus de temps avec ses patients et augmenter le nombre de services cliniques offerts, ainsi que les suivis qui s’y rattachent », soutient Darius Kuras, porte-parole de McKesson Canada.


► En début d’année, la RAMQ a également ouvert une enquête en lien avec le programme FIT.

 

Des avantages pour vendre des médicaments

L’Ordre s’intéresse à différents privilèges dont auraient bénéficié les pharmaciens qui participent au programme FIT :

  • Somme d’argent autre que les allocations professionnelles (ristournes) permises par l’État
  • Réduction sur différents frais comme l’affiliation à la bannière Uniprix ou Proxim, les circulaires, la publicité, les aménagements, etc.
  • Fournitures gratuites comme des fioles, du matériel promotionnel, etc.
  • Allocations professionnelles sur des médicaments de spécialité que les pharmaciens n’étaient pas en mesure d’obtenir avant l’adhésion au programme

Source : syndic de l’Ordre des pharmaciens