/24m
Navigation

Uber bientôt victime de sa propre Révolution?

Uber bientôt victime de sa propre Révolution?
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Permettez-moi une métaphore patrimoniale : Uber, c’est un peu comme un défricheur qui s’acharne à dessoucher et à « érocher » des terres qui ne lui appartiennent pas et qui ne lui appartiendront jamais. D’autres cultivateurs après lui peuvent semer à leur guise et récolter des parts de la moisson. C’est ce arrive à Montréal depuis lundi.

Lundi, je signais dans ce journal un reportage au sujet d’une coopérative québécoise, Eva, qui reprend le modèle Uber en le rendant plus rentable pour les chauffeurs montréalais (qui garderont 85 % du prix de la course au lieu de 75 % avec Uber). Deux jeunes bacheliers québécois bénévolement n’auront donc mis qu’un an et demi à « orchestrer » une application fonctionnelle susceptible de ravir à Uber ses chauffeurs et sa clientèle.

« Programmer une application comme celle d’Uber, ce n’est pas sorcier », me disait Raphaël Gaudreault, un des cofondateurs d’Eva.

Modèle québécois

Maintenant qu’Uber a «défriché le terrain» en gagnant la bataille politico-juridique, un rival peut s’inviter, même une coopérative de solidarité (a priori plus sympathique qu’un Léviathan dopé au capital de risque). Si Eva a du succès au Québec, le modèle est exportable et pourrait essaimer mondialement.

Uber ne se reconnaît pas de lien d’emploi avec ses conducteurs qui doivent fournir leurs propres véhicules. Rien n’empêche ceux-ci de lui faire faux bond au profit d’applications rivales qui les rémunèrent davantage. Puisque le grand dérangement généré par Uber lui a valu un grand nombre d’ennemis jurés, plusieurs seront heureux de favoriser ses concurrents.

Pessimisme

Uber, en dix ans d’existence, selon ses propres dires, a perdu quelque huit milliards de dollars. Cette gargantuesque dépense lui a permis de s’imposer un peu partout de par le monde en « dérangeant » une industrie du taxi encroûtée dans ses vilaines manies. Le nom Uber est désormais aussi reconnu que Kleenex pour le papier-mouchoir ou Frigidaire pour le réfrigérateur, mais est-ce vraiment un avantage monnayable ?

Il est vraisemblable qu’Uber ne fasse jamais de profits, estime The Economist dans un éditorial pessimiste quelques semaines avant l’entrée en bourse d’Uber la semaine dernière. Uber Eat? Les trottinettes électriques ? Les vélos électriques Uber Jump (bientôt à Montréal) ? Encore des niches difficilement rentables, tranche le respectable magazine. Quant à la bouée de sauvetage de l’éventuelle voiture autonome qui permettrait enfin la rentabilité (en supprimant le travailleur humain), elle risque de couler à pic : plusieurs multinationales s’affronteront dans ce domaine. Bref, Uber demeure le fer de lance de la Révolution du «transport rémunéré de personnes» grandement libéralisé, mais ne dit-on pas de la Révolution qu’elle dévore ses propres enfants ?