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L’industrie touristique en crise: une pénurie record de travailleurs en tourisme

L’industrie cherche désespérément à attirer les étudiants et les retraités

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Plus de 20 000 travailleurs en tourisme manquent toujours à l’appel à quelques semaines de la haute saison, du jamais vu en dix ans au Québec, s’inquiètent des organismes, qui évoquent une « crise ».

« C’est un record dans notre industrie. On n’a jamais vécu ça. Jamais. Avant, on avait le choix des employés. Il y a dix ans, ça s’est raréfié. Là, c’est la crise. C’est complètement inversé. Maintenant, c’est l’employé qui choisit son employeur », alerte la présidente du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT), Lucie Charland.

Lucie Charland, présidente du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme
Photo Francis Halin
Lucie Charland, présidente du Conseil québécois des ressources humaines en tourisme

Commerces fermés

À l’approche de la saison chaude, l’industrie touristique suffoque déjà. Près des trois quarts des postes à pourvoir, soit 15 000 sur les 20 000, sont en hébergement ou en restauration.

« C’est très urgent parce qu’on est rendu au mois de mai. L’été pour nous, c’est la haute saison touristique au Québec », ajoute Mme Charland.

Selon elle, le secteur le plus criant est la restauration.

« On voit des commerces qui sont obligés de fermer le soir en semaine en pleine haute saison », déplore la présidente du CQRHT.

Une situation de plus en plus préoccupante, selon André Roy, directeur de l’Office du tourisme de Québec (OTQ).

« Ça commence à être dramatique. Honnêtement, ma crainte, c’est que ça ait éventuellement un impact sur la qualité du produit », prévient-il.

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Éléphant dans la pièce

De son côté, le PDG de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (Alliance), Martin Soucy, nuance ce portrait.

« Comme d’autres secteurs économiques, on est dans le plein emploi. Je n’irais pas dans l’inquiétude, mais je dirais que l’on a des défis », affirme-t-il.

Pour Louis Lessard, PDG et cofondateur du Baluchon, à Saint-Paulin, en Mauricie, la question salariale est l’éléphant dans la pièce.

« Un directeur chez nous va gagner entre 25 $ et 30 $ l’heure alors qu’il va chercher 40 $, 45 $ ou même 50 $ l’heure quand il va au gouvernement. C’est ça le problème », dit-il.

Selon lui, les taxes et les permis étouffent les PME qui n’arrivent pas à dégager une marge de manœuvre pour offrir de meilleurs salaires.

Entre 2010 à 2015, les salaires moyens en tourisme ont connu une augmentation de 12 %, soit 1 % de moins que les autres secteurs, à 13 %, selon des données de l’Alliance.

Même de gros joueurs comme le Mont Sutton peinent à trouver leurs employés.

« On avait, juste avant l’ouverture, près de 80 postes à pourvoir sur 250, en plus de 150 bénévoles. Ça fait pas mal de monde à recruter », note le PDG de la station, Jean-Michel Ryan.

À la toute dernière minute, M. Ryan dit avoir réussi à embaucher ses employés en multipliant les relances au téléphone.

Il a aussi « vendu » son coin de pays aux étudiants en mettant de l’avant le fait de pouvoir travailler et skier dans un décor enchanteur.

Plus de techno

De son côté, titulaire de la Chaire de tourisme Transat ESG-UQAM, Paul Arseneault, estime que de beaucoup d’entreprises en tourisme doivent changer leur façon de penser et ouvrir la porte aux nouvelles technos pour leur simplifier la vie.

« C’est facile de dire que c’est la faute des Milléniaux », dit-il. Selon lui, augmenter les salaires n’est pas non plus la panacée.

« C’est un dernier recours », conclut l’homme, en soulignant que la main-d’œuvre étrangère est parfois la solution.

♦ Depuis 2007, les besoins de main-d’œuvre de l’industrie touristique ont explosé de 11 % en raison de la bonne performance du secteur.

Top 5 des régions touchées (% postes à pourvoir)

1. Régions périphériques de Québec : 36,1 % (Centre-du-Québec, Mauricie, Chaudière-Appalaches, Saguenay–Lac-Saint-Jean et Charlevoix)

2. Nord : 29,6 % (Baie-James, Eeyou Istchee, Nunavik et Abitibi-Témiscamingue)

3. Grands centres urbains: 29,3 % (Montréal, Québec, Laval, Gatineau et l’Outaouais)

4. Québec maritime : 22,4 % (Îles-de-la-Madeleine, Gaspésie, Bas- Saint-Laurent, Manicouagan et Duplessis.

5. Périphérie de Montréal : 25,7 % (Laurentides, Lanaudière, Montérégie, et Cantons-de-l’Est)

Top 5 des postes les plus recherchés

1. Aide-cuisinier

2. Préposé à l’entretien ménager

3. Préposé à l’entretien de site

4. Préposé à l’accueil

5. Sauveteur, moniteur

Source : Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT) et l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (Alliance)

L’industrie touristique en chiffres

  • 15,7 milliards $ de Recettes
  • 5e secteur d’exportation en importance
  • 402 000 travailleurs
  • Main-d’œuvre : 69 % (jeunes ou des adultes de plus de 45 ans)

Touristes au Québec

  • 76 % québécois
  • 24 % internationaux

Source : Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT) et l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (Alliance)