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Dans un monde parallèle près de chez vous

Dans un monde parallèle près de chez vous
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Le sujet est tabou. Être femme sans enfant, par choix ou non, vous place d’office dans une catégorie qu’on n’ose même pas nommer. Je le sais d’expérience personnelle. À la fête des Mères, c’est encore pire. Cette journée-là, on doit s’arranger pour s’occuper les méninges autrement.

En société, ne pas être mères nous rend invisibles. Presque tout le monde autour de nous a des enfants : nos amis, collègues, voisins, médecin, dentiste, etc. Heureusement pour l’humanité, c’est la norme. À part du blogue génial de Catherine-Emmanuelle Delisle, femmesansenfant.com, on en parle rarement.

D’où ma surprise hier de lire dans les pages du Devoir un texte de la sociodémographe Laurence Charton : Le mal des femmes sans enfant. Eh oui, ça fait mal. Pour le masquer, je blague avec mes amis en leur disant que je suis une « NIA » – une nullipare involontaire anonyme. Une nullipare étant une femme qui n’a jamais accouché. Même le mot est inconnu.

Hors-norme

Si être parent est la norme, ne pas l’être est hors-norme. Vous ne faites pas partie de la vaste « gang » des parents. Vous n’avez pas les mêmes sujets de conversation parce que vous ne vivez pas la même réalité. Sans enfant, on vit dans un monde parallèle et peu habité. C’est d’autant pire quand sa non-maternité est involontaire.

Le cœur nous pince souvent. La vue d’une petite fille ou d’un petit garçon peut nous chavirer. Idem pour Noël, les boutiques de jouets et de vêtements pour enfants. Du coin du regard, on choisit des yeux une robe ou un toutou. Puis, dans la cinquantaine, vient la peur de vieillir sans enfant. Elle nous attrape par le collet sans nous lâcher.

On ne fait pas des enfants pour qu’ils s’occupent de leurs vieux parents. Dans le cycle de la vie, les enfants veillent néanmoins sur leurs parents âgés. Quand on voit l’état délabré de nos services sociaux, la peur de vieillir sans enfant, ça vous donne la chienne. Mais bon, on essaie de penser à autre chose. Le déni est parfois une bénédiction.

Mamans du cœur

Un ami m’a dit que ma sœur déficiente intellectuelle, dont je prends grand soin, est mon enfant éternelle. Cela m’a beaucoup touchée. Ma sœur me souhaite d’ailleurs « bonne fête des Mères » tous les ans depuis le décès de notre maman. Or, malheureusement, ce n’est pas la même chose.

Mon combat quotidien avec ma sœur est de la rendre heureuse tout en l’aidant à conserver ses acquis cognitifs au lieu de régresser. Avec un enfant, le progrès est là chaque jour. C’est le privilège de contribuer concrètement à son bonheur et à ses apprentissages. Oui, c’est l’amour inconditionnel. C’est savoir aussi qu’on se prolongera à travers son enfant quand on ne sera plus là. C’est savoir qu’on ne finira pas en coup de vent, vite oublié.

Et donc, avec un brin en retard, vous me permettrez de souhaiter une belle fête des Mères à toutes celles qui, comme moi, sont des mamans du cœur.