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72e Festival de Cannes: des zombies et des vedettes

Le 72e Festival démarre sur les chapeaux de roues

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 CANNES | Le Festival de Cannes s’est offert une soirée d’ouverture à la fois glamour et sanglante en déroulant mardi son tapis rouge au délirant et singulier film de zombies Les morts ne meurent pas. 

 « Un casting à réveiller les morts », peut-on lire sur l’affiche de ce nouveau long métrage du cinéaste américain Jim Jarmusch (Fleurs brisées, Ghost Dog). C’est en effet une distribution toute étoile (et éclatée à souhait) qui a défilé mardi soir sur le tapis rouge. Les acteurs du film - dont Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Selena Gomez - étaient tous aux côtés de Jarmusch pour la traditionnelle montée des marches du Palais des Festivals. Fidèle à son habitude, Murray s’est même permis de faire rigoler les photographes en prenant quelques poses amusantes sur le tapis rouge. Le ton était donné.  

 Il faut dire que ce n’est pas l’humour qui manque dans Les morts ne meurent pas. Plus proche de la comédie que du cinéma d’horreur, la nouvelle réalisation de Jim Jarmusch revisite le film de zombies avec un humour décalé savoureux.  

 Synopsis 

 Empruntant son titre à la chanson country The Dead Don’t Die, Les morts ne meurent pas nous transporte au cœur de Centerville, un petit village de campagne perdu au milieu des États-Unis. Alors que les journaux annoncent que la Terre serait sortie de son axe de rotation, une série d’événements étranges commencent à se produire : les montres arrêtent soudainement de fonctionner, les animaux s’enfuient sans raison dans la forêt... et les morts se réveillent pour attaquer les habitants du village. Dépassés par les événements, le chef de police du coin (Bill Murray) et ses deux jeunes collègues (Adam Driver et Chloë Sevigny) tenteront de sauver leur peau et celles de leurs concitoyens.  

 Vous l’aurez compris : Les morts ne meurent pas n’est pas un film de zombies comme les autres. Jim Jarmusch s’est plutôt inspiré de ce genre très populaire pour signer une comédie noire qui se moque allégrement de la société occidentale et plus particulièrement de l’Amérique de Trump. Ce film singulier, drôle et poétique ne lui permettra probablement pas de remporter un prix à la clôture du festival dans dix jours. Mais il s’est avéré un choix sympathique pour ouvrir le bal.  

 Le 72e Festival de Cannes se poursuit jusqu’au 25 mai.  

 Un jury cinéphile 

 Ceux qui reprochent au Festival de Cannes de trop miser sur des vedettes pour la composition de son jury devront se raviser. C’est un jury très cinéphile, présidé par le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu (Le revenant, Birdman), qui aura cette année le mandat de choisir le gagnant de la Palme d’or.  

 Ce jury, qui a brièvement rencontré les médias mardi avant de s’enfermer pendant une douzaine de jours pour voir les 20 films de la compétition, est essentiellement composé de cinéastes internationaux, dont le Français Robin Campillo et l’Italienne Alice Rohrwacher. En fait, la seule de ses membres qui est connue du grand public est la jeune actrice américaine Elle Fanning (Teen Spirit, Super 8). La star de 21 ans semblait d’ailleurs légèrement intimidée mardi au milieu de cette bande de cinéastes.  

 « J’ai été sous le choc quand j’ai reçu l’invitation pour faire partie du jury de Cannes, a-t-elle admis devant les journalistes. Je suis déjà honorée d’avoir la chance de pouvoir m’asseoir aux côtés de tous ces gens de cinéma. Je suis jeune, mais il ne faut pas oublier que j’ai commencé à tourner quand j’étais petite. Je suis fière de pouvoir représenter une voix plus jeune dans ce festival. »  

 Ayant lui-même déjà présenté des films en compétition à Cannes (dont Babel, qui a remporté le prix de la mise en scène en 2006), Alejandro Gonzalez Inarritu se dit emballé à l’idée de pouvoir vivre l’expérience cannoise du côté du jury.  

 « Je vois cela comme un grand buffet, a-t-il illustré. On va voir des films de partout dans le monde et je crois que cette expérience va nous permettre de grandir en tant que personnes et en tant que cinéastes. Je suis conscient que la partie la plus difficile sera de trouver des gagnants à la fin. Mais on verra à ce moment. »  

 
Échos de la Croisette  

 Une première controverse 

Alain Delon
Photo AFP
Alain Delon

 Que serait le Festival de Cannes sans ses controverses ? La 72e édition de l’événement n’avait pas encore été lancée qu’un premier parfum de scandale flottait déjà sur la Croisette mardi matin. Et il concernait un monstre sacré du cinéma français, l’acteur Alain Delon, à qui le festival doit remettre dans quelques jours une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Or, cela ne fait pas l’affaire de l’association américaine Women and Hollywood qui soutient que l’acteur de 83 ans a déjà tenu des propos racistes et misogynes et qui a lancé une pétition en ligne (signée par plus de 19 000 personnes) pour s’opposer à cette remise de prix. Questionné à ce sujet lundi, le délégué général du festival, Thierry Frémaux, a répondu que Delon avait « le droit de penser ce qu’il pense » et qu’il était « compliqué de juger avec des lunettes d’aujourd’hui des choses qui ont été dites il y a quelques années ».  

 Et la parité ? 

 Un an après la signature d’une charte en faveur de la parité femmes-hommes dans les festivals de cinéma, le débat sur la présence des femmes réalisatrices dans la sélection cannoise fait encore rage. Cette année, quinze femmes réalisatrices présenteront un long métrage à Cannes, mais seulement quatre d’entre elles sont en lice pour la Palme d’or (contre 17 réalisateurs !). Pourtant, selon le festival, 26 % des longs métrages soumis pour une sélection cette année ont été réalisés par des femmes. Même si la présence féminine demeure faible, elle représente tout de même une amélioration par rapport aux années précédentes. De 2016 à 2018, seulement trois femmes cinéastes étaient en lice pour la Palme d’or, contre deux en 2014 et 2015. En 72 ans d’histoire, la Palme d’or a été remise seulement une fois à une femme, soit à Jane Campion en 1993 pour La leçon de piano.  

 Le grand jour pour Monia Chokri 

 C’est mercredi soir, à la Salle Debussy, que la réalisatrice québécoise Monia Chokri présentera son premier long métrage, La femme de mon frère. Le festival a d’ailleurs fait une fleur au film québécois en lui confiant la soirée d’ouverture de la section Un certain regard. Arrivée à Cannes mardi, Monia Chokri foulera le tapis rouge en compagnie de l’actrice principale de son film, Anne-Élisabeth Bossé.