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Les élites et le mépris des pauvres

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La montée des partis populistes

Effectivement, mes amis, vous avez raison. Il est vrai que je suis lent à la colère et ma patience est infinie. Je n’y peux rien. Je suis né comme ça, c’est dans mes gènes et je dirais même que c’est structurel chez moi. Ça, jumelé à ma politesse légendaire, ont souvent fait de moi, aux dires de certains, une personne drabe qui passe en dessous du radar des grands et des médias. L’artillerie patronale et sa mythologie. 

Oui, les puissants et leur cavalerie idéologique formée d’universitaires, de groupes de recherche, d’ONG commanditées, de politiciens, de journalistes-chroniqueurs et de médias comme l’Agence France-Presse (AFP), nient les faits, bien souvent par des études commanditées qu’ils prétendent scientifiques afin de parvenir à leurs fins. Si cela ne suffit pas à produire les résultats escomptés, c’est-à-dire la soumission et la résignation de la population, alors ils passent à un autre niveau de mensonge. Et si cela ne convainc pas, ils vont dire que l’on n’a pas le choix si l’on veut sauver l’État de la faillite ou empêcher tous nos cerveaux de partir. Et leur ultime argument est qu’on ne peut faire autrement qu’appliquer les politiques qu’ils préservent, car elles relèvent de la nature, c’est-à-dire dans le respect des lois naturelles du divin marché. Oui, le marché et le capitalisme découlent de lois naturelles. On ne peut pas désobéir aux lois naturelles. Et les pseudo-lois naturelles du marché ont préséance sur les vraies lois naturelles de la vraie nature. Par exemple, on peut et même on doit polluer afin de prioriser les lois du marché et de l’activité économique sur les lois de la nature et de l’environnement. 

Toutefois, ma patience infinie a des limites

Le patronat peut compter sur ses politiciens, ses lobbyistes, des grosses firmes de relations publiques et même se payer des articles ou des reportages dans certains médias. Mais, pas les démunis qui sont faciles à être méprisés et insultés par les smattes comme dire qu’ils sont paresseux, des buveux de bière, des gueux qui passent leur temps à l’urgence de l’hôpital et qui les encombrent. Des roturiers qui dépensent trop pour des choses inutiles, qui ne préparent pas de budget et qui ne mangent pas assez souvent du baloney et des patates. 

La dernière insulte en lice est plus vicieuse à l’endroit des démunis et vient d’un organisme de recherche patronale, financée aussi par les gouvernements, elle celle provenant d’une étude de recherche primaire et teintée d’un certain vernis scientifique qui nous dit ceci, tel que rapportée dans Le Journal de Montréal du 9 avril 2019 : « Les pauvres devraient miser sur le CELI plutôt que sur le REER ». Comme si les pauvres mettaient chaque année 6000 $ dans leur CELI et quelques milliers de dollars dans leur REER. Ça va faire de rire du monde, et plus particulièrement des plus poqués de la société. Dans mon prochain texte, je parlerai de la réalité des pauvres, qui est loin de la situation angélique telle que dépeinte par nos experts embrigadés. Je n’en reviens pas : un organisme de recherche qui se dit sérieux et qui produit une étude afin d’aider les pauvres dans leur stratégie d’investissement. Ils n’ont pas autre chose de mieux à faire comme nous calculer le manque à gagner fiscal des nombreuses échappatoires fiscales et réservées à nos pachas. Mais n’ayez crainte, ils ne le feront pas comme ils ne l’ont jamais fait. Ils ne veulent pas mordre la main de ceux qui les nourrissent. 

C’est toujours comme ça

Il ne faut pas se surprendre que l’on aime ridiculiser les démunis comme l’a si bien fait notre ex-premier ministre très érudit et très à l’aise monétairement qui, pour une famille de quatre personnes, a affirmé, sans l’ombre d’un début de doute, que pour chaque semaine : « Couillard (PLQ) persiste : à 75 $, une épicerie c’est possible » (Le Devoir, 21 septembre 2018). Que voulez-vous, pour plusieurs nantis qui ont été élevés dans la ouate, la pauvreté n’est qu’un concept théorique que l’on peut résoudre avec des modèles économiques à plusieurs variables biaisées. Ils voient dans les démunis qu’une statistique à modéliser et non les drames humains. Voyons donc, la pauvreté, pour plusieurs d’entre eux n’est qu’une vue de l’esprit. Et selon eux, s’il y a vraiment des pauvres, c’est de leur faute, car nous vivons dans un modèle de société égalitaire qui donne les mêmes chances à tous dans la vie afin de se sortir de la misère. Tous ont la même liberté de parole, d’action et de pouvoir dans l’énoncé par les élus des politiques économiques et sociales.

Et il y a l’Institut économique de Montréal (IEDM)

L’IEDM est un organisme radical de droite, mais indépendant qui prétend être seulement financé par les compagnies et le gratin. Alors, selon leurs chercheurs scientifiques, pour éluder la pauvreté et les pauvres qui viennent avec, on n’a qu’à s’en remettre au marché bienfaiteur et réduire l’État a sa plus simple expression : « Niveau de vie des Québécois : il faut réduire les dépenses de l’État, juge l’IEDM » (Le Journal de Montréal, 13 février 2019). Pour l’État, la santé, l’éducation, les garderies, les autoroutes, les aqueducs, etc., ce sont des « dépenses » et pour le privé ces mêmes choses sont des investissements. Le patronat investit dans les cliniques et les hôpitaux privés et l’État lui dépense dans le système de santé publique. Il me semble que ce n’est pas compliqué à comprendre. 

Tout le monde profite de la croissance économique

Dans une autre opinion songée publiée dans Le Devoir et intitulée : « La croissance économique profite-t-elle aux pauvres? », deux experts de l’IEDM l’ont affirmé avec certitude : « Lorsque la courbe de l’économie croit, tout le monde se retrouve (et encore plus les pauvres) avec un morceau plus gros ». Fantasmagorique. La patience est de mise que je vous répète. Peut-être bien un morceau plus gros même, mais un morceau de quoi au juste? Le morceau plus gros va venir éventuellement, on ne sait pas quand, mais il faut se montrer patient et apprendre docilement à ne pas sauter des étapes afin de ne pas faire déraper le système économique et l’ordre établi comme dans « Le taux de chômage est partout faible au Québec. Les hausses de salaire se font attendre » (Le Devoir, 3 novembre 2018). Soyez patients que je vous dis. Votre tour viendra un de ces jours. 

Mais en attendant, comme l’ont observé les économistes de la banque canadienne CIBC : « La proportion des emplois à bas salaire gagne du terrain. Le travail peu rémunéré représente 61 % du marché, soit plus qu’il y a 20 ans, signale la CIBC » (Le Devoir, 29 novembre 2016). Vingt ans, ce n’est pas beaucoup. Combien de fois va-t-il falloir que je vous le répète : soyez patient! Remarquez que c’est une grosse banque qui fait cette constatation : pas un groupe socialiste. 

Un expert de l’IEDM et du PLQ l’a dit

Marcel Boyer a été très longtemps professeur d’économie à l’Université de Montréal, titulaire de la Chaire universitaire Bell Canada, économiste en chef de l’IEDM et souvent membre de commissions de toutes sortes du Parti libéral du Québec. Un homme très important quoi. Et lui-même, dans sa grande sagesse, vous l’a dit dans une chronique publiée le 7 janvier 2008 dans La Presse : « Des inégalités temporaires. Dans une phase de création accélérée de richesse, la distribution devient temporairement plus inégalitaire (c’est-à-dire plus pour les riches et moins pour les autres) avant de redevenir (comme si ça l’avait déjà été) plus égalitaire ». Ça fait plus de onze ans que l’émérite universitaire a pondu son évangile néolibérale et les inégalités, loin de se rétrécir, s’agrandissent vite et beaucoup. Soyez patient que je vous redis pour la dernière fois. Des fois, je trouve que vous ne comprenez pas assez vite. « Les riches toujours plus riches » (Le Journal de Montréal, 1er juin 2018). Les riches d’abord, car c’est grâce à eux si il y en a plus et ensuite les autres seront cordialement invités à venir se servir au buffet. En souhaitant qu’il reste quelque chose.

Avez-vous compris au final?

« L’écart de richesse grandit au Canada (et au Québec) » que rapportait l’Agence QMI le 31 août 2018. À ça, il faut répondre comme l’a si merveilleusement mentionné en 1996 (donc il y a 23 ans) l’ex-président du Conseil du patronat du Québec, le philanthrope Ghislain Dufour : « La distorsion entre riches et pauvres est en voie de se résorber, dit Ghislain Dufour » (La Presse, 15 janvier 1996). Ça fait juste 23 ans que le devin a énoncé cette vérité, soyez patients, la distorsion entre riches et pauvres sera un jour qu’un mauvais souvenir, car l’on vivra alors dans un système parfaitement égalitaire économiquement. Je dirais même un système socialiste.

Et le mot de la fin, encore à l’IEDM

« Québécois endettés (même les pauvres) : “il y a quelque chose qui ne marche pas dans la culture” (Le Journal de Montréal, 22 janvier 2019). C’est ce qu’a dit un autre expert de l’IEDM. C’est dans la “culture” des pauvres de dépenser. Il faudrait leur apprendre à épargner et à vivre selon leurs moyens. Et pis, au diable les faits. Les inégalités économiques, vous vous dites, mais où ça? Voilà en gros ce qu’a dit dans sa brillante opinion un professeur des HEC, qui sont très acoquinés aux maîtres du monde : “Piketty (économiste français de réputation mondiale) ou l’illusion des inégalités” (Le Devoir, 18 juillet 2017). Les inégalités c’est juste dans votre tête que ça existe. Et puis, des pauvres, il y en a tout simplement pas.