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Réforme électorale: sans le peuple?

Frau bei einer Wahl in einer Wahlzelle
Photo Adobe Stock

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On ne réalise pas à quel point le gouvernement Legault a un agenda ambitieux.

Après la laïcité, il s’attaquera à la réforme du mode de scrutin. Un projet de loi est attendu avant le 1er octobre.

Selon ce qui est envisagé, certains députés seraient élus, comme maintenant, dans des circonscriptions, et d’autres seraient issus de listes nationales ou régionales présentées par chaque parti.

Le but est que le nombre total d’élus de chaque formation corresponde mieux au pourcentage de votes recueillis dans tout le Québec.

Complexe

Ce mode de scrutin est qualifié par les experts de « proportionnel mixte compensatoire ».

Partisans et opposants ont d’excellents arguments.

Les « pour » disent qu’il n’est pas acceptable qu’un parti X, appuyé par moins de 50 % des électeurs, obtienne plus de 50 % des sièges et puisse gouverner à sa guise.

Les pouvoirs exécutif et législatif seront plus légitimes, disent-ils, si leur composition reflète la diversité des opinions dans la société.

Les « contre » disent que ce système produira des gouvernements de coalition faibles et instables et favorisera la multiplication de petits partis radicaux.

Il diluera aussi le pouvoir de la majorité francophone sur le seul gouvernement qu’elle contrôle.

Il est symptomatique, ajoutent-ils, que le PLQ, historiquement contre le scrutin proportionnel, soit en voie de changer son fusil d’épaule, maintenant qu’il a été chassé du Québec francophone et qu’il s’appuie essentiellement sur les minorités ethniques.

Pour le PLQ, gagner un siège avec 25 000 votes de majorité ou avec 2500 ne fait pas de différence au plan parlementaire.

Voilà pourquoi tout système qui donnerait des sièges supplémentaires en redistribuant au plan national un vote concentré régionalement l’avantagerait.

Chose certaine, changer le mode de scrutin n’est pas une réforme comme les autres. Vous touchez au cœur de la démocratie.

Peut-on procéder sans demander au peuple ce qu’il veut vraiment ?

Un référendum sur la question s’est tenu à l’Île-du-Prince-Édouard le mois dernier, jumelé aux élections, et un autre a eu lieu en Colombie-Britannique en novembre 2018.

Le statu quo l’a emporté dans les deux cas.

Ces résultats montrent ce que valent les sondages qui indiquent une majorité favorable tant qu’on parle de « démocratie » en termes vagues.

Élargir

Demandez à votre voisin de vous expliquer le « scrutin proportionnel mixte compensatoire régional » et ses implications. On part de loin.

Et on introduirait un changement aussi fondamental sur la base de discussions limitées aux états-majors des partis et aux gens qui, depuis des années, font campagne en sa faveur ?

Il est illogique de dire que les positions des partis sont représentatives du sentiment populaire, alors que ces partis, sous leur forme actuelle, sont issus d’un système électoral jugé non représentatif.

Il faut une consultation citoyenne élargie au maximum, mobilisant notamment les outils numériques.

Pourquoi ne pas y greffer aussi une réflexion sur la pertinence de s’ouvrir au vote électronique ?

Le tout devrait culminer par un référendum. Les opposants à sa tenue craignent-ils la défaite ?

Pourtant, rien n’est plus authentiquement démocratique, et l’importance de l’enjeu le justifie.