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Trump: les guerres commerciales, faciles à gagner

Trump: les guerres commerciales, faciles à gagner
Photo AFP

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La Chine promet de «se battre jusqu'au bout» dans la guerre commerciale qui l’oppose aux États-Unis. Trump vient d’escalader le conflit avec une hausse de tarifs sur 300 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les États-Unis. Cela soulève des craintes quant aux répercussions de l’affrontement des deux plus importantes économies de la planète sur la croissance mondiale. 

«Les guerres commerciales sont faciles à gagner» s’est vanté Trump dans une entrevue avec le magazine Forbes du 1er mars 2018. Elles sont néfastes pour les deux parties qui y sont engagées, selon pratiquement tous les économistes. Même son conseiller économique Larry Kudlow le dit, mais Trump rejette l’avis des experts, même ses propres spécialistes pour se «fier à ses tripes».   

La première puissance économique mondiale dont la suprématie est menacée est dirigée par un ignorant irresponsable qui pense que les droits de douane sur les importations sont payés par le pays exportateur et non par le consommateur. Trump refuse de comprendre cela comme il refuse d’admettre que le Mexique ne paiera jamais pour son mur. 

Les tarifs sont en réalité une forme de taxe à la consommation. Les tarifs vont augmenter de près de 800 dollars par année, les prix payés par les Américains pour des biens de consommation courante: vêtements, jouets, meubles, machines à laver, vélos, etc. 

Trump n'a pas tort de vouloir des changements radicaux dans les pratiques commerciales de la Chine, le reste du monde le souhaite aussi. La communauté internationale doit s'attaquer aux manipulations monétaires et commerciales chinoises par des négociations qui devraient s'étendre sur des années. Trump chambarde tout cela. Sa compréhension limitée du commerce international et ses décisions impulsives inconsidérées risquent d’avoir des conséquences dévastatrices sur les échanges internationaux. 

Son approche est idiote. Trump aurait dû passer par l'Organisation mondiale du commerce, ce qui aurait permis à la Chine de sauver la face. Trump a choisi plutôt une confrontation bilatérale afin de pouvoir manifester sa supériorité et humilier son adversaire en l’obligeant à faire des concessions publiques. Pour l’esprit binaire de Trump, tout est un jeu à somme nulle avec un gagnant, lui, et un perdant. Ce narcissique malfaisant pense qu’il faut non seulement détruire le compétiteur, mais aussi lui faire honte. Cette attitude ravit sa base électorale constituée des blancs pauvres et sous-éduqués qui croyaient Trump lorsqu’il leur disait que le Mexique allait payer pour le mur. 

L'intimidation de Trump démontre un manque total de compréhension du contexte historique de la Chine, humiliée par l’Occident au XIXe siècle et par le Japon au XXe siècle. Pékin n'acceptera jamais de donner l'impression de se soumettre aux diktats d'un gouvernement étranger. Pour satisfaire son ego, Trump ne donne pas aux Chinois la possibilité de sauver la face et il oblige ses dirigeants à riposter face à l’humiliation subie. Cela, à n'en pas douter, va faire déborder le conflit sur les tarifs douaniers. 

En 1973, l’homme politique français Alain Peyrefitte avait donné comme titre à son livre prémonitoire l’aphorisme attribué à Napoléon: «Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera». Ce que le premier anticipait et que le second prophétisait se réalise actuellement. La Chine s’est réveillée. Elle reprend la place qui a toujours été la sienne: celle qu’occupent actuellement les États-Unis. Des travaux récents d’histoire économique révèlent qu’elle a été la plus importante économie de la planète durant 18 des 20 derniers siècles. 

Elle mène déjà le monde pour ce qui est du nombre d’usagers d’internet et de diplômés universitaires, et peut-être, pour le nombre de milliardaires. La pauvreté extrême est à moins de 1%. L'Organisation mondiale de la santé a estimé que les bébés chinois nés en 2017 pouvaient espérer une «durée de vie en bonne santé» plus longue que ceux nés aux États-Unis.