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Gauchistes, expliquez-moi

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 Moi, j’y vois une contradiction massive. Si ce n’est pas le cas, qu’on m’explique. 

 Vous avez, cher lecteur, remarqué que le langage se transforme. 

 Ce n’est pas nouveau. Les langues évoluent toujours. On ne parle plus aujourd’hui comme au temps de Duplessis. 

 Il y a, par exemple, les changements qui résultent de la force de l’anglais : le français devient un franglais, surtout chez les jeunes. 

 Pouvoir 

 Il y a aussi les changements prônés volontairement par des militants campés généralement à gauche. 

 Deux forces principales – celles de « l’inclusion » et de la féminisation – militent pour ces changements. 

 Par exemple, au nom de « l’inclusion », on bannira des mots comme « nain », « sourd », « aveugle », etc. 

 On dira « de petite taille », « malentendant », « non-voyant », etc. L’idée est d’utiliser des mots moins blessants. 

 On pourrait en discuter longtemps. Ce n’est pas mon propos. 

 Du côté de la féminisation, on plaidera que l’égalité des sexes et la présence massive des femmes sur le marché justifient un dépoussiérage du langage. 

 Personnellement, je n’ai pas beaucoup de problèmes avec « écrivaine » ou « docteure » s’il y a déjà « étudiante ». 

 Évidemment, il y a des cas discutables. 

 Quand l’Académie française a souligné le décès de Simone Veil, elle parla de la « confrère décédée » et non de la « consœur ». On a accordé le qualificatif, mais on n’a pas voulu changer le nom. 

 Il y a aussi des cas loufoques. 

 L’an dernier, un regroupement d’étudiants de l’UQAM proposait des expressions comme « ceuzes qui sont contributeurices sont heureuxes... ». 

 À mon humble avis, tout est affaire de cas par cas, et c’est l’exagération qui devient grotesque. 

 La linguiste Maria Candea donne un bon exemple. Prenez la phrase : « Un homme et cent cinquante femmes sont arrivés ». 

 Le masculin prime dans l’accord du participe passé malgré la disproportion des nombres. Je vivrais sans peine avec une modification à la règle. 

 Qu’il s’agisse de cas loufoques ou de cas raisonnables, il faut comprendre ce qui anime ces militants « progressistes » de la langue. 

 Ils pensent, et n’ont pas tort, que les mots, les titres professionnels, les symboles façonnent la réalité. 

 Ils ne sont pas neutres. Ils sont porteurs d’enjeux politiques, de rapports de force. 

 Le dominant impose ses mots et leurs significations, ses codes, ses symboles, et en fait des instruments de son pouvoir. 

 Bourdieu, Barthes, Orwell ont écrit des ouvrages entiers là-dessus. 

 Message 

 Où est la contradiction dont je parlais plus tôt ? 

 Cette gauche qui veut changer la langue parce qu’elle sert à fonder des rapports de domination collectifs nous demande ensuite de croire que les symboles religieux portés par un individu n’ont aucune autre portée que de témoigner de son identité personnelle. 

 Selon cette gauche, la langue et le crucifix du parlement ont une dimension collective, symbolique et dominatrice. Ils lancent un message collectif inapproprié. 

 Mais il n’y a, dit-elle, aucune dimension collective, symbolique et dominatrice dans un signe religieux individuel. Pas de message inapproprié, juste un choix personnel. 

 Si ce n’est pas une contradiction massive, je ne sais pas ce que c’est.