/opinion/columnists
Navigation

Les États-Unis, l’Iran et le brouillard de la guerre

Coup d'oeil sur cet article

Que ce soit dans la rhétorique des dirigeants ou sur un terrain de plus en plus chaotique, les indices d’une confrontation armée imminente entre les États-Unis et l’Iran s’accumulent.

Le brouillard de la guerre, c’est l’incertitude qui s’installe dans les relations entre puissances adverses et la confusion qui règne là où elles s’affrontent par alliés ou par milices interposés.

Au Moyen-Orient, ce brouillard est particulièrement épais. L’élévation du ton entre Washington et Téhéran donne lieu à une situation volatile où, même si personne ne souhaite l’affrontement armé, ce scénario ne peut pas être exclu.

Comment en est-on venu là et où va-t-on ?

Régime indésirable

Soyons clairs : le régime des ayatollahs n’est pas mené par des enfants de chœur et son statut de paria dans la communauté internationale est entièrement mérité. Même si ses actions engendrent l’instabilité et l’insécurité chez ses voisins, l’accord nucléaire multipartite conclu en 2015 a effectivement neutralisé la menace nucléaire que l’Iran faisait peser sur le Moyen-Orient.

Il n’en demeure pas moins que l’Iran fait plus que le nécessaire pour entretenir l’insécurité dans la région et que les doléances de l’administration Trump contre Téhéran ne sont pas sans fondement.

On a beau souhaiter ardemment un changement de régime en Iran, il est loin d’être clair que la force soit le meilleur moyen d’y parvenir. C’est ce qu’on a essayé en Irak, en Afghanistan et en Libye. On voit ce que ça a donné.

Pas à pas, les actions de l’administration Trump rendent ce genre de scénario de plus en plus plausible, avec des conséquences potentiellement aussi désastreuses qu’imprévisibles.

Provocation

Trump a retiré son pays d’un accord qui, bien qu’imparfait, avait écarté la menace nucléaire iranienne à la satisfaction de tous les autres signataires. Ils ont ensuite poussé la provocation en imposant des sanctions unilatérales qui paralysent l’économie et la société iraniennes sans affaiblir l’emprise des ayatollahs.

À cette diplomatie de la confrontation se sont ajoutés récemment des gestes militaires qui alimentent la tension, comme le déplacement du porte-avions Abraham-Lincoln dans le détroit d’Ormuz, où un geste mal interprété ou un tir mal placé pourrait mettre le feu aux poudres.

Du bluff ?

Bien sûr, on peut penser que les États-Unis et l’Iran n’ont pas de réelle volonté d’en venir aux armes. On peut même croire que, malgré tout ce qu’on peut penser du personnage, Donald Trump n’a pas vraiment l’intention d’embourber son pays dans une autre guerre horriblement coûteuse à l’issue incertaine. Cela n’empêche pas que l’atmosphère de la région est volatile et qu’une étincelle pourrait provoquer bien des dégâts.

Certains croient même que des proches du président, notamment son conseiller à la sécurité nationale John Bolton, favorisent l’affrontement avec l’Iran et font exprès pour amener Trump à se peinturer dans le coin en restreignant progressivement ses options jusqu’à rendre celle de la guerre ouverte inévitable.

Si tel est le cas, il n’y aurait que des perdants.