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Nicaragua: la controverse monte après les violences dans une prison

Nicaragua: la controverse monte après les violences dans une prison
AFP

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MANAGUA | De nombreuses questions restent sans réponse après les violences survenues jeudi dans une prison au Nicaragua, au cours desquelles un détenu américano-nicaraguayen a été tué dans des circonstances controversées.

Des sources de l’opposition ont déclaré vendredi que de nombreux opposants détenus pour avoir participé à des manifestations contre le président Daniel Ortega avaient été blessés lors des violences survenues la veille dans la prison La Modelo, un établissement de haute sécurité situé à 20 kilomètres de la capitale Managua.

Les autorités avaient annoncé jeudi qu’un détenu américano-nicaraguayen était mort et que six gardiens avaient été blessés. Mais elles n’avaient pas mentionné de détenus blessés.

Vendredi, l’avocate Yonarqui Martinez a annoncé sur les réseaux sociaux que 17 opposants détenus dans la prison avaient été blessés lors de ces violences.

La plateforme d’opposition Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD) a demandé dans un communiqué « que soit élucidée la brutale agression subie hier par les détenus, qui a fait plusieurs blessés, en plus d’une personne assassinée ». L’ACJD a exigé des informations sur l’état des blessés.

Et des manifestants se sont rassemblés vendredi près de la cathédrale de Managua pour réclamer justice après la mort d’Eddy Montes, un opposant âgé de 57 ans qui avait la double nationalité nicaraguayenne et américaine.

L’ambassadeur des États-Unis au Nicaragua, Kevin Sullivan, a déclaré sur Twitter que « la mort du citoyen américain Eddy Montes aux mains des autorités pénitentiaires de La Modelo (...) nécessite une information complète et crédible sur l’usage injustifié d’une force létale contre un prisonnier désarmé ».

Le diplomate a indiqué qu’il avait eu une réunion au ministère nicaraguayen des Affaires étrangères afin de « réclamer une investigation complète et transparente sur cet incident tragique au cours duquel d’autres détenus ont été blessés ».

« Assassinat »

La mort d’Eddy Montes a suscité de nombreuses condamnations au Nicaragua et à l’étranger.

Selon le gouvernement, l’opposant a été blessé par balle lors d’un affrontement avec un membre du personnel pénitentiaire auquel il voulait prendre son arme et il est décédé dans un hôpital alors que les médecins tentaient de le ranimer.

L’opposition conteste cette version et parle d’un « assassinat ».

Le bureau du Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme a appelé les autorités de Managua à mener une enquête « exhaustive » sur les faits qui ont entraîné la mort de Montes et les blessures reçues par des opposants et par des gardiens.

Le Centre pour la justice et le droit international (CEJIL), qui surveille le respect des droits de l’homme en Amérique latine, a lui aussi appelé le gouvernement à fournir « une information transparente » sur ce qui s’est passé dans la prison, une des plus grandes du Nicaragua.

Un eurodéputé espagnol, Ramon Jauregui, a évoqué sur Twitter la mort d’Eddy Montes. « Les informations qui me parviennent parlent d’un assassinat en prison. C’est la pire nouvelle que nous pouvons entendre », a-t-il écrit.

« Sans mensonges »

M. Jauregui était en janvier à la tête d’une délégation d’eurodéputés venue au Nicaragua pour y observer la situation en ce qui concerne les droits de l’homme. Il a appelé le gouvernement de Managua à expliquer les faits « sans mensonges ».

Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), a condamné dès jeudi les événements survenus dans la prison. Il a rappelé sur Twitter que le gouvernement nicaraguayen s’était récemment engagé à libérer les personnes arrêtées à la suite des manifestations contre le président Ortega. « Plus de prisonniers politiques, plus de morts », a écrit M. Almagro.

Le gouvernement a promis le 29 mars de libérer tous ces détenus dans un délai de 90 jours.

Des centaines d’opposants au pouvoir du président Ortega qui ont participé aux manifestations de 2018 sont détenus à la prison La Modelo.

Des familles de détenus et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé dernièrement une détérioration des conditions de détention. Selon elles, les prisonniers souffrent d’une absence de soins médicaux et ils sont enfermés dans des cachots non ventilés alors que règne une forte chaleur.

Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, des centaines d’opposants ont été emprisonnés et plus de 62 000 Nicaraguayens ont fui le pays, selon des organisations de défense des droits de l’homme.