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Retour d’ascenseur: Trump pardonne à son ami Conrad Black

Conrad Black
Photo Courtoisie Conrad Black

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Le président Trump a accordé un pardon complet à l’ex-magnat canadien de la presse Conrad Black, auteur d’une récente biographie politique flatteuse de Trump. Il avait été reconnu coupable en 2007 de fraudes relativement à sa gestion du groupe médiatique Hollinger International.  

Dans le livre Donald J Trump: un président sans pareil, Black écrit que Trump «n'est en fait pas un raciste, un sexiste, un belliciste, un partisan de la violence ou un guerrier de l'économie étrangère ou nationale»; Trump est, selon lui, un grand incompris.  

Black est un personnage que j’aime détester. Doté d’une vive intelligence, d’une grande culture et d’un talent d’écriture, c’est un individu fat, suffisant, hautain, arrogant, totalement imbu de lui-même. On croirait décrire son ami Donald Trump qu’il domine d’ailleurs intellectuellement. Comme lui, il est convaincu de faire partie de la « race des Seigneurs ».   

Né à Westmount, Black a vécu toute sa vie dans l’opulence. Ses relations difficiles avec l’éthique ne datent pas d’hier. À 14 ans, il a été chassé du Upper Canada College de Toronto, l’école de l’élite canadienne-anglaise. Son sens précoce des affaires l’avait amené à vendre à ses petits camarades les réponses à un examen, réponses qui avaient été volées. Après avoir échoué sa première année d’études à l’Université York, il a fini son droit à l’Université Laval pour ensuite faire à McGill une thèse de maîtrise dans laquelle il réhabilite Maurice Duplessis. Plus tard, il fera de même pour Richard Nixon dans sa biographie du deuxième pire président des États-Unis après Donald Trump.   

L’épopée journalistique de Black relève de la légende. À 25 ans, il achète le Sherbrooke Record et en devient l’éditeur et le rédacteur en chef. En trois décennies, il construit sur cette base chétive, le troisième empire de presse de la planète. Comme beaucoup d’Anglo-Québécois, il manifeste une agressivité maladive à l’égard de toute affirmation nationale du Québec, allant même jusqu’à associer le nationalisme québécois avec le nazisme. Depuis sa création par Black en 1998, le National Post s’est démarqué comme le journal le plus venimeux envers la société québécoise de la presse anglo-canadienne qui en compte pourtant un bon nombre.    

Accusé d’avoir siphonné des millions de dollars provenant de la vente de journaux du groupe Hollinger, Black est condamné à six ans et demi de prison, mais ne passe que 42 mois derrière les barreaux. Deux de ses condamnations ont été annulées en appel, mais une autre est confirmée. Il est libéré d'une prison de Floride en mai 2012 et expulsé des États-Unis. Même s’il a renoncé à la citoyenneté canadienne, il lui a été permis par le gouvernement conservateur de Stephen Harper de revenir s’établir à Toronto.   

Un Mexicain, un Colombien ou un Congolais avec des antécédents de criminalité financière aurait-il été aussi bien traité? J’en doute fortement. Mais là, c’est un ami de la maison, fondateur du quotidien National Post, porte-parole de la droite dure du Canada anglais, férocement anti-Québec. De sa cellule aux États-Unis, Black continuait à écrire des chroniques pour le journal.    

En 2011, Rideau Hall a réexaminé son titre d’officier de l'Ordre du Canada en raison de ses condamnations criminelles. En dépit des nombreuses tentatives de Black pour éviter l'expulsion, y compris devant la Cour fédérale, le gouverneur général David Johnston a décidé de chasser Black de l'Ordre en janvier 2014. Il répliquera qu’il ne pouvait pas en être expulsé puisqu’il avait déjà renoncé à en être membre.   

Le vaniteux Conrad Black avait abandonné sa citoyenneté canadienne pour pouvoir accéder à la Chambre des Lords du Royaume-Uni avec le titre prétentieux de « baron Black de Crossharbour » qu’il possède toujours, bien qu'il soit en congé de la chambre haute britannique depuis juin 2012. Lord Black affirme, haut et fort, qu’il a été victime d’une terrible injustice et qu’il n’a commis aucun crime. D’ailleurs, selon Black,Trump avait offert de témoigner en sa faveur lors de son procès.