/world/usa
Navigation

Taxes douanières sur l’automobile: Trump accorde jusqu’à six mois de répit

Taxes douanières sur l’automobile: Trump accorde jusqu’à six mois de répit
AFP

Coup d'oeil sur cet article

WASHINGTON | Donald Trump a accordé jusqu’à six mois de délai à l’Union européenne et au Japon notamment pour négocier un accord commercial pour le secteur automobile, faute de quoi il infligera des droits de douane supplémentaires au risque de faire dérailler la croissance mondiale.

Le président américain a annoncé vendredi avoir chargé son secrétaire au Commerce Wilbur Ross de poursuivre les négociations en vue de nouer des accords. «Dans un délai de 180 jours» , son ministre devra l’informer des résultats des négociations, détaille un communiqué de la Maison-Blanche.

Mercredi, des sources industrielles avaient indiqué à l’AFP que la Maison-Blanche s’acheminait vers un report de sa décision.

L’objectif est clair: diminuer les importations de voitures et pièces automobiles étrangères et obtenir une plus grande ouverture des marchés.

«Si de tels accords n’étaient pas conclus dans les 180 jours (...), le président serait alors autorisé à prendre d’autres mesures qu’il estime nécessaires pour ajuster les importations et éliminer la menace que les voitures importées font peser sur la sécurité nationale» , affirme la Maison-Blanche.

Wilbur Ross avait été chargé il y a un an de mener une enquête sur le secteur automobile. Il avait remis ses conclusions à Donald Trump le 17 février et le président avait jusqu’à samedi pour faire part de sa décision.

Sécurité nationale

Dans ce rapport, le ministre du Commerce met en lumière le fait que «la recherche et le développement dans l’automobile sont cruciaux pour la sécurité nationale» .

«La base industrielle de la défense des États-Unis dépend du secteur de l’automobile pour le développement de technologies essentielles au maintien de notre supériorité militaire» , estime-t-il, citant d’importantes innovations en matière de motorisation, d’électrification, de connectivité avancée, la conduite autonome.

Ce même rapport constate que «l’augmentation des importations d’automobiles et de pièces automobiles, conjuguée à d’autres éléments, a donné aux constructeurs étrangers un avantage concurrentiel sur les constructeurs américains au cours des trois dernières décennies» .

La part des industriels américains aux États-Unis a fortement diminué, passant de 67% (10,5 millions d’unités produites et vendues aux États-Unis) en 1985 à 22% (3,7 millions d’unités produites et vendues aux États-Unis) en 2017, selon les données du rapport. 

Au cours de la même période, le volume des importations a presque doublé, passant de 4,6 millions d’unités à 8,3 millions d’unités. En 2017, les États-Unis ont importé plus de 191 milliards de dollars d’automobiles.

En outre, la diminution de la part des industriels américains a été exacerbée par la protection des marchés étrangers, tels que ceux de l’Union européenne et du Japon, «désavantageant gravement les constructeurs américains et les empêchant de développer d’autres sources de revenus» .

La part du marché automobile mondial détenue par les producteurs américains est passée de 36% en 1995 à seulement 12% en 2017, ce qui réduit la capacité des producteurs américains à financer la recherche et le développement nécessaires pour garantir le leadership technologique «répondant aux exigences de la défense nationale» , estime la Maison-Blanche.

Soulagement en Europe

Le constructeur allemand Daimler (Mercedes) a accueilli avec satisfaction cette annonce.

«Le libre-échange et les investissements sont des facteurs-clés de l’innovation, de l’emploi, de la croissance et de la prospérité» , a-t-il réagi.

«Le délai de 180 jours doit être utilisé pour parvenir à de bons résultats dans les négociations entre l’UE et les USA» , a déclaré pour sa part le président de la fédération des constructeurs allemands VDA, Bernhard Mattes.

Donald Trump a engagé un bras de fer avec les principaux partenaires commerciaux des États-Unis pour obtenir une ouverture plus grande de leurs marchés aux produits américains.

Symbole de l’industrie manufacturière des États-Unis, le secteur automobile illustre à lui seul les déséquilibres commerciaux que le président républicain ne cesse de dénoncer. 

Les États-Unis imposent actuellement des droits de douane très faibles à l’importation de voitures. L’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, la Chine sont bien plus restrictifs.

Berlin veut à tout prix échapper à des taxes sur les automobiles, un secteur vital pour son économie.

Ce répit est le bienvenu pour l’économie mondiale, car les économistes s’accordent à dire que des taxes américaines sur l’automobile auraient un impact considérable sur la croissance autour du globe, ce secteur étant au coeur des échanges internationaux.

Avant même la décision officielle, les ministres allemand et français des Finances, Olaf Scholz et Bruno Le Maire, avaient salué jeudi le sursis envisagé par Donald Trump.

«Une guerre commerciale n’aurait que des conséquences négatives» , avait estimé M. Le Maire. «Nous devons faire de notre mieux pour ne pas tomber dans la logique des sanctions» .