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Air Canada et le Québec, une histoire difficile

Après avoir tenté à au moins deux reprises de plier bagage, Air Canada affirme être à Montréal pour y rester.
Photo twitter Air Canada Après avoir tenté à au moins deux reprises de plier bagage, Air Canada affirme être à Montréal pour y rester.

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Les relations qu’entretiennent Air Transat et Air Canada avec le Québec ne pourraient être plus contrastées. Si Transat a toujours fait du service en français une priorité, Air Canada a tenté maintes fois d’éliminer ses obligations linguistiques et de réduire sa présence au Québec.

Les passagers de Transat, habitués à un service dans les deux langues officielles sur tous les vols, pourraient avoir la vie dure à la suite de la fusion du fleuron québécois avec le transporteur national.

Non seulement Air Canada est-elle le délinquant numéro 1 en matière de services en français si on se fie aux plaintes reçues au Commissariat aux langues officielles, mais elle a souvent essayé de minimiser ses obligations, voire de les éliminer.

Obligation

La Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada, adoptée par le gouvernement Mulroney lors de la privatisation de la compagnie, en 1988, oblige Air Canada à fournir des services dans les deux langues, et à maintenir son siège social à Montréal.

Des contraintes dont Air Canada a tenté de se défaire, en 2004, et de nouveau en 2016.

En 2004, les choses allaient mal pour Air Canada. Le transporteur aérien se retrouvait carrément au bord du précipice, après des années de résultats financiers catastrophiques.

Arrivant à la rescousse après un sauvetage financier raté, la Deutsche Bank a accepté d’augmenter sa participation dans la restructuration de l’entreprise, mais à une condition : « qu’Air Canada puisse livrer concurrence à tous les transporteurs aériens canadiens en étant assujettie aux mêmes règles du jeu en ce qui a trait à la réglementation ».

En d’autres mots, plus d’obligations de services en français, et plus de siège social à Montréal.

Francophobes

En pleine campagne électorale, cette entente avait eu l’effet d’une bombe, les conservateurs de Stephen Harper s’engageant à modifier la loi à la demande d’Air Canada. Le Bloc québécois et le Parti libéral de Paul Martin avaient alors accusé les conservateurs d’être francophobes.

En 2016, les libéraux de Justin Trudeau ont eux aussi rouvert la loi, pour en assouplir certaines dispositions, notamment celle concernant le lieu où doivent se situer les centres de maintenance de la compagnie.

L’entreprise avait de plus belle tenté de réduire ses obligations, rapportait alors l’agence Bloomberg.

« Ce qui est paradoxal, parce qu’Air Transat n’est pas assujettie à la Loi sur les langues officielles et elle s’en tire vraiment mieux qu’Air Canada », souligne la professeure Stéphanie Chouinard, de l’Université Queen’s.

« C’est un problème institutionnel qui ne date pas d’hier. »

La culture d’entreprise de Transat est principalement francophone, souligne-t-elle, ce qui semble faire défaut à Air Canada.

Sans surprise, la société aérienne voit les choses différemment.

500 embauches à Montréal

En réponse aux questions du Journal, une porte-parole a affirmé qu’Air Canada n’a « jamais » remis en question son engagement à servir sa clientèle dans la langue de son choix ou le lieu de son siège social, à Montréal.

Isabelle Arthur soutient qu’avec plus de 2000 employés, le siège social d’Air Canada à Montréal est en croissance.

« Depuis trois ans, plus de 500 gestionnaires ont été embauchés à Montréal, où l’essentiel des fonctions corporatives d’Air Canada est localisé. Air Canada compte à Montréal le plus grand nombre de cadres supérieurs de l’entreprise. Les départements des affaires juridiques, de la direction financière, des ressources humaines, des communications, de la gestion du chiffre d’affaires, de la planification du réseau, des affaires informatiques et du cargo sont notamment tous au siège social de Montréal », dit-elle.

En 2017, près de la moitié des nouvelles embauches étaient des personnes bilingues, a-t-elle soutenu.