/weekend
Navigation

Couples en liberté!

La trajectoire des confettis
Photo courtoisie La trajectoire des confettis
Marie-Ève Thuot
Les Herbes rouges
624 pages

Coup d'oeil sur cet article

Un roman féministe qui suit quatre... hommes ; la vie de couple décortiquée sous la lorgnette de la sexualité ; les normes sociales bousculées, quoique... Quel riche récit ça donne !

La trajectoire des confettis est un roman époustouflant. À cause du propos, des références qui appuient la fiction, de la singularité des personnages ; à cause aussi du contrôle qu’a l’auteure de son récit multiforme qui s’étend sur plus de 600 pages. Et parce que c’est bon !

Et pourtant, c’est un premier roman. Il est signé de Marie-Ève Thuot.

Zack, le frère aîné, est un libertin assumé, en couple avec Charlie, qui pratique la même philosophie. La jalousie est inexistante chez eux ; en fait, l’idée même leur semble profondément incongrue.

À l’autre extrême, il y a Xavier, abstinent sexuellement depuis quelque 16 ans et subitement attiré par une jeune mythomane.

Leur frère Louis est pour sa part un amoureux monogame. Sauf qu’il change de partenaire aux six mois ! Il y a aussi un neveu fou de sa tante ; un couple plus ami qu’amant ; des aventures cachées ; des libidos exacerbées ; des enfants que l’on fait sans les assumer et même un homme castré.

Se promener entre tous ces personnages liés les uns aux autres – avec leur lot de mystères, de provocations ou de situations excitantes ou cocasses – est en soi prenant.

Mais Marie-Ève Thuot va au-delà de la littérature : elle en profite pour mettre en perspective les normes sociales qui, en matière de sexualité, affectent d’abord les femmes. Il est d’ailleurs intéressant que cette prise de conscience passe surtout par ses personnages masculins. Zack, par exemple, ne peut concevoir qu’on juge Charlie plus durement que lui en raison des aventures qu’ils multiplient.

Pour asseoir sa démonstration, l’auteure se promène dans l’histoire (dont la revanche des berceaux !), les concepts philosophiques, de délirants préceptes psychanalytiques... Elle va ainsi brasser les interdits, les tabous, le désir d’enfant, le rapport à la contraception, la crainte de surpopulation...

Sans peine

Ramené en quelques lignes, tout cela semble aride. Mais dans le volumineux récit de Thuot, ces considérations se glissent sans peine et sont comme des jalons. Elles permettent au roman de ne pas être qu’un condensé des baises enlevantes et des amours compliqués du 21e siècle. Elles permettent surtout de comprendre à quel point la liberté gagnée par les femmes est formidable.

Il reste que ça finit quand même par des couples stables, voire mariés, avec bébés à la clé ! Et des réunions de famille aux moments socialement convenus : Noël comme la Fête nationale.

À dire vrai, le roman se conclut plutôt avec une adolescente, Rosalie, qui va s’acoquiner avec le gourou d’une secte prônant l’extinction de la vie humaine. Cette partie apparaît bâclée. Mais comme elle n’occupe que quelques dizaines de pages, on fait avec.

De toute manière, on a déjà eu amplement de quoi être diverti, instruit, troublé. Et surtout persuadé qu’on vient de traverser un ouvrage marquant.