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Hochelaga-Maisonneuve: la construction de condos fait des mécontents

Hochelaga-Maisonneuve: la construction de condos fait des mécontents
Simon Clark/Agence QMI

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MONTRÉAL | Une centaine de manifestants ont défilé, samedi avant-midi, dans les rues d’Hochelaga-Maisonneuve pour dénoncer l’embourgeoisement du quartier, où la construction de condos fait bondir le prix des logements abordables depuis quelques années.

«À cause de la spéculation, le prix moyen pour un trois et demi est rendu à 700$. Pour quelqu’un qui vit de l’aide sociale, c’est rendu impossible», s’est insurgée Émilie Lecavalier, organisatrice communautaire au comité BAILS, qui milite pour un meilleur accès au logement.

En raison également du manque de logements sociaux et parce qu’il y a de moins en moins de maisons de chambre dans Hochelaga, plusieurs résidents de longue date doivent plier bagage.

«J’ai vécu ici dans les années 1970. Il y a quelques années, j’ai voulu revenir pour me rapprocher de mes services, mais je n’avais même pas les moyens pour une chambre», a confié Sylvie Goulet, qui a dû demander de l’aide à un organisme à but non lucratif pour trouver un toit dans le coin.

Pas seulement à Hochelaga

Le terme embourgeoisement décrit le remplacement des populations historiques d’un quartier modeste par de nouveaux résidents plus fortunés.

À Montréal, le phénomène a d’abord été associé au Plateau-Mont-Royal avant de toucher Rosemont, le Sud-Ouest, puis aujourd’hui Hochelaga-Maisonneuve, l’un des endroits les plus pauvres au Québec.

«On ne veut pas devenir le nouveau Plateau», a souligné le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc, qui s’est déplacé, samedi, pour appuyer les manifestants.

Actions politiques

Le député d’Hochelaga-Maisonneuve, qui est lui-même propriétaire d’un condo, croit qu’une cohabitation est possible entre résidents qui ont un niveau de revenu différent.

Pour dissuader les propriétaires de gonfler leurs prix, Québec solidaire déposera un projet de loi dans la prochaine année pour créer un registre du logement, dans lequel les nouveaux locataires pourraient comparer leur bail à celui de l’ancien occupant.

La Ville de Montréal a de son côté déjà annoncé que les propriétaires de grands projets immobiliers seront contraints dès 2021 de réserver 20% de leur installation aux logements sociaux, 20% aux logements abordables et 20% aux logements familiaux.

«C’est un pas dans la bonne direction, mais il faut rendre ce règlement en vigueur plus tôt que 2021. Les besoins sont trop criants», a commenté Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, qui défend les droits des locataires partout au Québec.

L’embourgeoisement affecte les familles

Selon le FRAPRU, le processus d’embourgeoisement s’est accéléré comme jamais cette année, alors que Montréal connaît sa plus importante pénurie de logements en 14 ans.

Dans les quartiers centraux de la métropole, se loger lorsqu’on est une famille à bas revenu est devenu un casse-tête. Entre 2017 et 2018, le prix des appartements familiaux avait déjà bondi de 8,24% sur le Plateau et de 16,3% dans l’arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, selon des chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement.