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Les enquêtes de l’UPAC et le journalisme d’enquête

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Nos journalistes d’enquête ont une fois de plus permis à nos lecteurs d’apprendre des choses que plusieurs aimeraient tenir loin de leurs regards, cette semaine.

► Notre Bureau d’enquête a révélé que la justice québécoise avait entre les mains un long témoignage-choc de l’ex-numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur des pratiques douteuses impliquant de la fabrication de preuve.

Ce témoignage est dévastateur (pour ne pas dire une patate chaude) pour le Directeur des poursuites criminelles du Québec (DPCP), car il pourrait avoir un impact majeur sur l’avenir des enquêtes en cours de l’UPAC.

« C’est préoccupant », a d’ailleurs commenté le premier ministre Legault le jour même de la diffusion.

La chronique d’Antoine Robitaille explique bien pourquoi il y a lieu de s’inquiéter.

► Le lendemain, nos lecteurs ont d’ailleurs pu prendre connaissance d’une partie d’un affidavit (rédigé pour justifier des perquisitions) qui révèle comment la fin pouvait justifier les moyens à l’UPAC. Cet affidavit raconte la rocambolesque interception, en mai 2015, du député Guy Ouellette sur l’autoroute 20 par nul autre que ce même numéro deux de l’UPAC, André Boulanger. Le document révèle une justification cousue de fil blanc pour intercepter le député. Ce document fait d’ailleurs partie de l’enquête pour fabrication de preuve. Rappelons d’ailleurs que l’enquête de l’UPAC sur Guy Ouellette a été abandonnée et que celui-ci poursuit maintenant l’État québécois... c’est-à-dire les contribuables que vous êtes.

André Boulanger
Photo d'archives, Chantal Poirier
André Boulanger

► Le même jour, par hasard, on apprenait du côté d’Ottawa, à la Cour suprême cette fois, que l’UPAC était soupçonnée d’avoir intentionnellement arrangé des fuites, de manière organisée et concertée, en faveur de la journaliste Marie-Maude Denis de Radio-Canada. Le plus haut tribunal du pays entendait ce jour-là le procureur du DPCP, Me Robert Rouleau, qui est d’ailleurs un procureur assigné à l’enquête « Serment », qui s’intéresse au témoignage-choc de l’ex-numéro deux de l’UPAC.

► Ne manquez d’ailleurs pas aujourd’hui comment l’UPAC a déjà admis utiliser des fuites à Radio-Canada à des fins de stratégie d’enquête.

Le Crime désorganisé

► Dans un tout autre domaine, le Québec a été secoué par une série de règlements de compte commis dans des lieux publics ou très paisibles au cours des dernières semaines, ce qui laisse entendre un dangereux dérapage dans les relations des clans du crime organisé.

Cette semaine, nos journalistes du Bureau d’enquête et ceux aux affaires judiciaires ont dévoilé des images d’un de ces attentats.

Ils ont ensuite expliqué que les Hells Angels n’étaient pas très heureux de voir les policiers se pencher plus sérieusement sur leurs activités.

Nos journalistes ont également expliqué hier que le meurtre de Salvatore Scoppa avait été commis pour venger le clan Rizzuto et qu’un troisième de ces quatre meurtres était bel et bien relié à cette guerre dans le monde des pégreux, comme on peut le lire aujourd’hui.

Oui, c’est votre argent

► Notre Bureau d’enquête a révélé qu’une erreur du gouvernement libéral, dans un calcul nécessaire pour obtenir des subventions du gouvernement fédéral en matière de transport en commun, avait privé le Québec de 200 millions $. Les contribuables s’en priveront ou devront payer plus...

► Par ailleurs, notre section Argent d’aujourd’hui nous apprend que plus de 7000 employés d’Hydro-Québec soutirent une rémunération de 100 000 $ et plus. Cette semaine, nos recherchistes avaient mis la main sur la liste des salaires des employés de l’État les mieux payés, dont plusieurs qui gagnent deux, trois ou quatre fois plus que le premier ministre François Legault, à 205 793 $.

Suivis de nos dossiers

► L’ancien dirigeant du Centre universitaire de santé McGill, Yanai Elbaz, qui avait été condamné à 39 mois de prison pour le pire scandale de corruption au Canada, est déjà sorti de prison après seulement six mois. C’est notre Bureau d’enquête qui avait révélé une bonne partie de ses magouilles à l’hôpital, avant même celles (avec la complicité du défunt Arthur Porter) qui ont mené au scandale du CUSM. L’État a gelé plusieurs de ses actifs de 6 M$ dans des pays étrangers. Mais il faudra voir si les autorités réussiront à récupérer ces sommes. Si on se fie à ce qui a été réussi avec les actifs de la famille Porter, c’est loin d’être certain.

► À son assemblée des actionnaires, à Toronto, jeudi, où se trouvait un de nos journalistes d’enquête de la section Argent, le grand patron de Power Corporation du Canada, Paul Desmarais junior, a commenté nos informations prouvant que son empire financier avait fourni un bureau au sénateur André Pratte, où il recevait des gens à des fins politiques, ce qui lui a valu un blâme pour une faute éthique.

André Pratte
Photo d'archives, Ben Pelosse
André Pratte

« Les apparences ne devraient pas être ce qu’elles sont, donc nous avons réfléchi à ça pour faire en sorte que les apparences soient de la plus haute intégrité », a dit M. Desmarais. Une déclaration qui mérite aussi réflexion...

Dany Doucet

Rédacteur en chef