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Petites obsessions et autres bonheurs

Marcher sur un Lego©
Photo courtoisie Marcher sur un Lego et autres raisons d’aimer la vie
Stéphane Dompierre
Éditions Québec Amérique

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Tout a commencé par un banal souper chez des amis.

Pendant la soirée, Dompierre, qui admet souffrir d’un « trouble obsessionnel-compulsif léger », sent le besoin d’uriner. Il monte à l’étage où se trouve la salle de bain. Comme on l’a tous fait dans de pareilles circonstances, il fouine dans la pharmacie, question de savoir si tout est réglo côté pilules pour ses hôtes. Puis il aperçoit ce pèse-personne de malheur, cet instrument de torture psychologique qui confirme ce qu’il craignait : il a pris quelques kilos depuis la dernière fois.

Il a lu quelque part qu’il n’est pas recommandé de demeurer de longues heures assis, et qu’il risque l’embonpoint et même l’infarctus. Mais, comble de malheur, son métier d’écrivain l’oblige justement à demeurer assis pendant de longues heures à sa table de travail.

Lui vient l’idée géniale de s’acheter un vélo stationnaire. Ce sera LA solution à ses possibles troubles de santé associés à son travail. Mais, on s’en doute, parce que cela nous est arrivé à nous aussi, on se lasse vite de pédaler tout seul dans son salon, et le vélo devient bientôt un objet encombrant. Il se fait la promesse de s’y remettre bientôt. Entre-temps, la vie continue et notre petit pneu Michelin qui nous sert de tour de taille ne cesse de prendre de l’ampleur, malgré toutes nos belles promesses.

Reste encore une solution : le club de gym. Et l’auteur, qui tente de répondre à toutes nos questions sur les us et coutumes qui prévalent dans ces temples de la sueur, nous prévient avec humour qu’il faut toujours appor­ter sa serviette, pour éviter d’être en contact avec la sueur des autres. « Essuie les machines après avoir sué mais, surtout, essuie les machines avant de t’y asseoir. Une fois revenu chez toi, brûle la serviette et plonge tes mains dans l’acide avant de les frotter avec du papier sablé. »

Méticuleux jusqu’à l’obsession, Dompierre nous a préparé un aide-mémoire pour éviter les pièges qu’on nous balance sur notre ordinateur, lorsqu’on nous annonce avoir gagné le sweepstake ou un iPad et qu’on nous demande nos coordonnées bancaires. Combien s’y font prendre ?

Sérieusement, Dompierre blague tout le temps, mais souvent sans avoir l’air de blaguer. C’est un pince-sans-rire. Dans le chapitre (tous les chapitres sont courts) sur la résurrection de Jésus, il se questionne sur la relation qu’en font quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Quatre interprétations différentes d’un phénomène pas banal du tout, une résurrection, et un même manque de curiosité ou d’inspiration. Ils auraient dû suivre un cours de scénarisation, conclut-il.

Snobisme coutumier

Il stigmatise notre snobisme coutumier, lorsqu’il est question de bouffe achetée à l’épicerie du coin plutôt que « dans une petite boucherie spécialisée en produits locaux et/ou d’importation du marché Jean-Talon ». Ou nous met en garde contre les comptoirs d’aliments en vrac où il imagine facilement « un fumeur tuberculeux qui tousse et échappe sa gomme enrobée de mucus fétide directement dans le contenant [d’olives] avant de s’étendre par terre et mourir ».

Dompierre, en bon obsessionnel qu’il est, n’a guère confiance en l’humain. Il voit des punaises partout et voudrait que les textos ne soient autorisés qu’entre midi et dix-sept heures, car chaque fois qu’il entend la sonnerie annonçant un nouveau texto, une douleur dans sa cage thoracique l’assaille. Il ressent comme une rage au volant chaque fois qu’on prononce pompeusement le mot « personnellement », ou toute expression du genre « je ne suis pas raciste, mais... »

Il nous parle de ses premiers emplois : magasinier d’entrepôt, laveur d’autos, poseur de pavés unis, commis dans une crèmerie, rinceur de bouteilles dans un dépanneur, laveur de grilles de ventilation graisseuses, etc., bref tout « le quotidien peu reluisant d’un médecin émigrant au Québec ».

Dompierre nous égrène ainsi plus de cent dix petites histoires qui entendent nous montrer la complexité de la vie, qui est bien évidemment pleine d’irritants. En fait, il faut vivre « comme si tu devais mourir demain ». Un livre pas banal du tout et joliment édité.