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Tout n’est pas perdu: il existe des solutions pour réduire nos émissions de gaz

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Pour respecter ses engagements internationaux et lutter efficacement contre les changements climatiques, le Québec doit réduire les émissions de GES du secteur industriel. Le Journal vous présente des solutions parfois révolutionnaires qui permettront aux industries d’améliorer leur bilan environnemental.   

Brûler des déchets pour faire du ciment 

La cimenterie McInnis en Gaspésie deviendra d’ici 2022 le plus gros pollueur au Québec.
Photo Nelson Sergerie, collaboration spéciale
La cimenterie McInnis en Gaspésie deviendra d’ici 2022 le plus gros pollueur au Québec.

Les émissions des cimenteries québécoises atteignent 2,64 millions de tonnes en 2017, ce qui représente près de 13% de tous les GES des 100 plus grands pollueurs.    

Le bilan carbone de ce secteur va s’alourdir en raison de McInnis en Gaspésie, inauguré en 2017 et qui ne produit pas encore à plein régime. Lorsque ce sera le cas, d’ici 2022, le géant devrait devenir le plus gros pollueur au Québec. Ce secteur industriel compte toutefois réduire cette empreinte en brûlant des déchets et des résidus forestiers.    

On fabrique le ciment en chauffant du calcaire à 1450 degrés Celsius dans un gigantesque four. Ce procédé transforme la roche, qui libère du CO2: 60% des émissions y sont attribuables et sont pratiquement impossibles à diminuer.    

Pour amoindrir leurs émanations, les cimenteries doivent s’attaquer au carburant. Dans le cas de McInnis, on veut brûler de la biomasse forestière plutôt que du coke de pétrole, un résidu de raffinage. Si tout va bien, 100 000 tonnes d’écorce et de résidus de sciage seraient consumées en 2022 en remplacement d’hydrocarbures. Il s’agirait d’une économie de 150 000 tonnes de GES par année, soit près de 11% des émissions totales de la cimenterie.    

«Combustibles alternatifs»  

De son côté, René Drolet, de l’Association canadienne du ciment, estime qu’il faut brûler davantage de «combustibles alternatifs» pour réduire son bilan carbone. Vieux pneus, bardeaux d’asphalte et déchets de construction, plastiques non recyclables: ces produits peuvent être brûlés pour produire de la chaleur et ainsi remplacer le coke de pétrole et le charbon.    

Le taux d’utilisation de ces combustibles alternatifs, au Canada, n’est que de 15% en ce moment. En Europe, il est presque de 80%. «Si on atteint la moyenne mondiale de 50%, on pourra réduire de 2 à 3 millions de tonnes les émissions par année au pays», indique-t-il.    

Pour aller plus loin, l’industrie devra toutefois développer des technologies de captation du carbone, qui n’est pas viable économiquement pour l’instant.    

La forêt comme puits de carbone 

Le Québec devra planter plus d’arbres pour compenser ses émissions de GES.
Photo Adobe Stock
Le Québec devra planter plus d’arbres pour compenser ses émissions de GES.

Planter plus d’arbres et construire des édifices en bois: cette recette simple pourrait permettre au secteur forestier québécois de capter davantage de gaz carbonique qu’il n’en émet d’ici 2030.    

«Ça va être très difficile d’atteindre les cibles de 2030 et 2050 seulement en réduisant les émissions de GES», indique Patrick Lavoie, spécialiste en développement durable chez FP Innovations, un important centre de recherche financé par l’industrie forestière canadienne.    

Dans notre top-100 des plus grands pollueurs, le secteur de la forêt et des pâtes et papier génère 5,6% de toutes les émissions. L’industrie a réussi à réduire sensiblement ses rejets de gaz carbonique dans les années 2000 en faisant une transition, des hydrocarbures vers la biomasse forestière. Il reste toutefois d’importants défis à relever. En 2030, selon M. Lavoie, cette industrie pourrait avoir un bilan positif et capter des millions de tonnes de GES.    

Les poutres de Notre-Dame  

Le principe est le suivant: lorsqu’un arbre pousse, il emmagasine du gaz carbonique. Une fois coupé et utilisé comme matériel de construction, il capture le CO2 pour longtemps. «On vient le stocker pendant 60 à 100 ans», souligne le chercheur. Les poutres de la structure du toit de Notre-Dame de Paris avaient plus de 800 ans. En brûlant, elles ont libéré du carbone capté au Moyen Âge, par exemple.    

Pour réduire ses émissions, l’industrie québécoise doit reboiser de plus grandes superficies de forêt sur des landes, des brûlis ou des friches agricoles. Il faut aussi transformer ce bois en produit durable: plus de madriers, moins de papier.    

Souhaitable  

La professeure Catherine Potvin, de l’Université McGill, soutient également qu’il est «éminemment souhaitable de commencer à utiliser le territoire pour stoker du carbone». «Je crois que c’est une des seules solutions qui nous restent afin de ne pas trop voir augmenter la concentration planétaire de CO2», estime-t-elle. Elle croit toutefois qu’il faudrait faire plus de recherches sur la capacité réelle du Québec à capter du carbone.    

Le gouvernement Legault a annoncé, lors de son dernier budget, qu’il débloquait 75 M$ sur cinq ans provenant du Fonds vert pour faire davantage de «travaux sylvicoles afin de permettre la captation de CO2 par la forêt».    

Une technologie «révolutionnaire» pour faire de l’aluminium propre 

La fabrication de l’aluminium pourrait devenir beaucoup plus verte dès 2024.
Photo courtoisie
La fabrication de l’aluminium pourrait devenir beaucoup plus verte dès 2024.

Au Québec, près du tiers des gaz à effet de serre (28,8%) des 100 plus grands pollueurs sont émis par les alumineries. Leur impact sur l’environnement est majeur.    

Or une technologie «révolutionnaire» mise au point dans un laboratoire de Saguenay par deux géants et féroces compétiteurs, Alcoa et Rio Tinto, pourrait permettre au Québec de réduire son empreinte carbone de plusieurs millions de tonnes par année.    

La technologie Elysis promet d’éliminer près de 7 millions de tonnes métriques d'émissions de GES au Canada. C’est l’équivalent du retrait d’environ 1,8 million de véhicules de la circulation, souligne Vincent Christ, chef de la direction d'Elysis. La technologie a d’ailleurs été grandement financée par l’argent public, tant elle est prometteuse: Québec et Ottawa ont chacun investi 60 M$ dans l’aventure.    

Fini le CO2  

L’aluminium québécois est élaboré à 100% avec de l’énergie propre, soit l’hydroélectricité. Ses émissions de GES proviennent directement du procédé industriel. Le métal est produit en faisant circuler du courant électrique dans un bassin, au travers d’une anode de carbone qui se dégrade et libère ainsi du CO2.    

L’équipe de Vincent Christ veut commercialiser une anode fabriquée avec des «matériaux spéciaux inertes». Plutôt que de dégager du CO2, les alumineries dotées de cette technologie recracheraient de l’oxygène.    

M. Christ estime qu’Elysis pourra vendre une solution commerciale aux alumineries en 2024. «On travaille sur le dossier pour que ce soit financièrement attractif: une anode en carbone, on doit le changer tous les 25 jours. L’anode inerte devrait durer 30 fois plus longtemps. Ça permet une réduction des frais d’exploitation. Si on prend une usine existante, avec la même surface, on augmente la production de 15%», affirme-t-il.    

Cet aluminium vert sera un atout pour le Québec, selon M. Christ. «Je suis convaincu que ça va être un avantage. Des clients comme Nespresso, Audi, Apple sont très intéressés à avoir une empreinte carbone réduite», souligne-t-il.    

Transformer les déchets en énergie 

Les raffineries de Suncor (photo) et de Valero sont les deux usines qui polluent le plus au Québec.
Photo Pierre-Paul Poulin
Les raffineries de Suncor (photo) et de Valero sont les deux usines qui polluent le plus au Québec.

Sur les 100 plus grands pollueurs de 2017, 19 sont des lieux d’enfouissement, qui émettent 6,20% de tous les GES. Certains dépotoirs sont fermés plusieurs années et continuent pourtant de rejeter leur gaz dans l’atmosphère.    

C’est le cas du site d’enfouissement sanitaire de Cook, à Gatineau, qui n’est plus en service depuis 1991. Celui de Magog a été fermé en 2009 et celui de Sherbrooke a cessé ses activités en 2008. Les GES de ces deux derniers sites ont même augmenté depuis 2013.    

Le dépotoir le plus polluant du Québec est situé à Lachute et traite les déchets d’une cinquantaine de municipalités de la Rive-Nord. Il a dégagé près de 233 000 tonnes de GES en 2017.    

Les sites d’enfouissement ne sont pas soumis à la bourse du carbone qui encourage les industries à réduire leur GES ou à payer pour pouvoir polluer.    

Il y a toutefois une solution: la transformation de ces émanations néfastes en gaz naturel renouvelable. Le Complexe Enviro Connexions, un important site d’enfouissement situé à Terrebonne, a coupé ses émissions de 72% depuis 2013. La recette est simple: les biogaz (CO2 et méthane produit par la fermentation des déchets organiques) sont récupérés, nettoyés et injectés directement dans le réseau d’Énergir, anciennement Gaz Métro.    

Le dépotoir est même devenu la plus importante usine de gaz naturel à partir de déchets au Québec. Une soixantaine de camions-collecteurs qui patrouillent dans les rues de Laval, de Montréal et de la Rive-Nord roulent également au biogaz produit par le dépotoir.    

À la Régie de Lachute, les biogaz sont aussi transformés en énergie. «Sur le site même, nous produisons 9,9 MW d’électricité. Nous sommes en attente d’une autorisation pour augmenter la production jusqu’à 15 MW», affirme la directrice de l’établissement, Andrea Daezli.    

Par ailleurs, un meilleur suivi de la pollution émise par les dépotoirs pourrait être fait en encadrant davantage les méthodes de calcul des émanations. «Dans le domaine de la gestion des matières résiduelles, la méthodologie pour le calcul des émissions est non réglementée et peut varier d’un propriétaire à un autre, et ainsi influencer les données», souligne la directrice Andrea Daezli du RIADM.    

Raffinerie, pas de miracle à l’horizon 

L’incinérateur de Québec émet plus de 90 000 tonnes de GES. Ses émissions ont toutefois diminué de 7,5 % depuis 2013.
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés
L’incinérateur de Québec émet plus de 90 000 tonnes de GES. Ses émissions ont toutefois diminué de 7,5 % depuis 2013.

Les deux plus grands pollueurs au Québec sont nos deux raffineries de pétrole, soit Suncor à Montréal et Énergie Valero à Lévis. À elles seules, ces raffineries produisent 2,5 millions de tonnes de GES, ce qui représente 12,3% de toute la pollution émise de notre top-100.    

Ces deux usines raffinent du pétrole consommé en grande partie au Québec, principalement de l’essence et du carburant diesel (Valero produit 70% des produits pétroliers consommés par les Québécois).    

«En 2017, leur capacité totale s’élevait à 402 000 barils par jour de produits pétroliers raffinés, soit 21% de la capacité de raffinage du Canada», indique le rapport «État de l’énergie au Québec 2019» de la chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.    

L’Ouest canadien fournit la moitié de ce pétrole que le premier ministre François Legault avait pourtant qualifié d’énergie «sale».    

Carburants renouvelables  

Questionnée sur les technologies du futur pour des raffineries plus vertes, la porte-parole Marina Binotto affirme que l’entreprise reste à «l’affut de percées technologiques».     

Mme Binotto cite «près de 130 projets» et un peu plus de «1 milliard d’investissements au cours des 20 dernières années», notamment la mise en exploitation, l’automne prochain, d’un nouveau système de traitement des eaux et l’ajout d’une nouvelle infrastructure qui permettra une réduction du soufre dans les essences.    

Ces deux projets représentent des investissements de 40 millions de dollars. Elle ajoute que la raffinerie compte sur une équipe spécialisée en efficacité énergétique. «L’équipe [...] a profité de toutes les occasions pour implanter les technologies les plus efficaces, ajoute-t-elle. Aussi, Valero a déjà intégré l’utilisation des carburants renouvelables dans son offre commerciale.»    

Mais tant que les Québécois se déplaceront en voiture carburant au pétrole, les raffineries rouleront à plein régime. Et aucun signe de ralentissement de ce côté.    

Entre 2013 et 2017, les ventes de pétrole au Québec ont augmenté de 4,9%, et les ventes d’essence ont augmenté de 12,7%. Il est donc encore difficile de voir comment Québec atteindra son objectif, comme le prévoit sa politique énergétique, de réduire la consommation de produits pétroliers de 40% par rapport aux niveaux de 2015, et ce, d’ici 2030.