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Inde, la démesure électorale

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Photo AFP Des employés de la commission électorale transportaient hier une machine de vote électronique (EVM) et d’autres matériels sur un tricycle pour se rendre au bureau de vote de l’île de Ghoramara avant la septième et dernière phase des élections générales en Inde.

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Tenez-vous bien, parce que tout ce que l’on peut dire et écrire sur les élections indiennes fait dans l’excès ! Le pays est tellement grand et populeux que le vote s’est étalé sur plus de cinq semaines. Comme la constitution exige que tout électeur puisse voter à l’intérieur de trois kilomètres de chez lui, il y a un million de bureaux de vote à travers le pays. Et avec près de 900 millions d’Indiens sur les listes électorales, c’est un huitième de la population terrestre qui est appelé à se prononcer. Ça fait du monde !

L’Inde n’a pas volé son titre de « plus grande démocratie au monde ». Tout est fait pour s’assurer que, des îles tropicales au cœur de l’océan Indien jusqu’au village le plus reculé de l’Himalaya à 5000 mètres d’altitude, les électeurs aient accès à une EVM, une « machine à voter électronique ».

Elle n’est pas plus grosse très souvent qu’une valise de travail, et les employés de la commission électorale sillonnent le pays, portant fréquemment leur EVM sur la tête en traversant à gué des rivières sans pont. La correspondante de NPR, la radio américaine, racontait récemment qu’un tel « bureau de vote » – une poignée de travailleurs électoraux et leur EVM – a été installé dans un parc national pour lions de l’État du Gujarat... où un seul homme vit.

Du coup, les Indiens prennent leur démocratie à cœur, et la participation y est forte : dans un pays en développement accéléré qui reste, malgré tout, un des plus pauvres au monde, deux électeurs sur trois font leur devoir. Pour s’assurer de rejoindre tout le monde et en toute sécurité, l’État a étalé le vote sur sept jours, commençant le 11 avril et se terminant aujourd’hui. Et dès jeudi, le 23 mai, les Indiens connaîtront la nouvelle composition de la Lok Sabha, leur Chambre des communes.

UN PREMIER MANDAT DÉCEVANT

Narendra Modi, à la tête du BJP, cherche à obtenir un second mandat comme premier ministre. Son parti avait remporté une victoire historique en 2014, récoltant, à lui seul, la majorité des sièges au parlement. On ne s’attend à rien d’aussi spectaculaire cette fois-ci. Modi reste relativement populaire, mais la croissance de l’économie n’est pas parvenue à créer les emplois nécessaires pour absorber le million de demandeurs qui arrivent sur le marché toutes les six semaines.

Face à lui, le légendaire parti du Congrès – qui a dirigé l’Inde sans discontinuer de 1947 à 1977, puis sporadiquement dans les années 80, 90 et 2000 – essaie de se refaire une crédibilité après avoir été associé à une multitude d’affaires de corruption et avoir subi la pire raclée de son histoire aux dernières élections, recueillant moins de 20 % des voix.

TRUMP AVANT TRUMP

Le Congrès – c’est remarquable – est mené cette fois encore par un membre de la dynastie Gandhi : Rahul Gandhi, fils de Rajiv, petit-fils d’Indira et arrière-petit-fils de Nehru. Toujours identifié à la diversité ethnique, culturelle et religieuse de l’Inde, le Congrès combat, dans le BJP, un parti nationaliste hindou dont les positions continuent de se radicaliser.

Ces élections législatives indiennes pourraient se résumer à une formule : Narendra Modi et le BJP cherchant à asseoir leur pouvoir sur la majorité hindoue du pays face aux autres partis, dont le Congrès, faisant tout pour les empêcher d’y parvenir. L’Inde – sa constitution le stipule – est un pays laïc, mais le nationalisme dont le BJP fait la promotion vise une Inde hindoue pour les hindous.

Avant Trump aux États-Unis, Salvini en Italie et Bolsonaro au Brésil, Narendra Modi alimentait les flammes du populisme en Inde. Le danger, c’est que dans le septième plus vaste pays au monde et le deuxième plus peuplé, les dérapages du nationalisme pourraient vite prendre une ampleur, comme tout le reste, démesurée.

Narendra MODI

68 ans

BJP – Parti Bharatiya Janata (droite nationaliste hindoue)

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  • Premier ministre depuis mai 2014

Rahul GANDHI

48 ans

Parti du Congrès (centre gauche laïc)

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  • Fils d’une longue dynastie politique
  • Son père, Rajiv, sa grand-mère, Indira, et son arrière-grand-père Jawaharlal Nehru ont été premiers ministres. Son père et sa grand-mère ont été assassinés.
  • Sa mère, Sonia, a présidé le Parti du Congrès de 1998 à 2017.
  • Sa sœur, Priyanka, est elle aussi engagée en politique nationale.

« LA PLUS GRANDE DÉMOCRATIE AU MONDE »

  • Au moins 875 millions d’électeurs
  • Un million de « bureaux de vote »
  • 10 millions de travailleurs électoraux
  • 7 étapes de vote étalées sur 38 jours
  • 100 millions de nouveaux électeurs

En 2014, aux dernières élections générales...

  • 8251 candidats
  • 464 partis politiques
  • Participation : 66 %

L’INDE AUX URNES

  • Des millions d’électeurs
  • Des milliers de candidats
  • Des centaines de partis
  • Deux grandes formations