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Paralysée à cause de l’erreur présumée d’un médecin qui n’a pas décelé un AVC

Une mère et sa fille réclament 370 000$

poursuite docteur
Photo Jonathan Tremblay Brittany Savage et sa mère, Laverne John, dans la cabine d’autobus où la jeune femme, qui a maintenant un appareil à la jambe et un bras paralysé, s’est évanouie en 2016, avant de subir un AVC.

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Une mère et sa fille poursuivent un médecin de la Montérégie pour 370 000 $ alléguant le manque de jugement dont il aurait fait preuve en renvoyant cette dernière à la maison malgré des symptômes d’accident cérébral qui la laisse avec un bras partiellement paralysé.

La vie d’une famille de Saint-Lazare a complètement basculé peu avant 8 h le 21 avril 2016.

Brittany Savage, une jeune femme de 19 ans à l’époque, s’est évanouie durant une trentaine de secondes à un arrêt d’autobus, peut-on lire dans la poursuite civile déposée par sa mère, Laverne John, et elle-même, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield, à la mi-avril.

Celle-ci fut transportée d’urgence en ambulance vers l’hôpital du Suroît, situé à proximité.

Cinq heures plus tard, après une batterie d’examens, l’étudiante qui devait se rendre à l’école ce jour-là recevait son congé de l’hôpital de la bouche du Dr Richard Lussier.

Partiellement paralysée

Il lui avait aussi recommandé une consultation externe en neurologie. Cependant, deux heures plus tôt, sa pression affichait un résultat anormalement élevé. Elle présentait également une faiblesse au côté gauche, serait-il précisé dans son dossier médical, cité par la requête déposée par leur avocate Leila Kadri.

Le lendemain, Mme Savage était réadmise aux urgences après un important accident vasculaire cérébral (AVC), qui la laisse aujourd’hui avec un bras partiellement paralysé. Le Dr Lussier lui avait diagnostiqué une simple syncope d’allure situationnelle, car elle toussait, ce qui est reproché au médecin dans la poursuite.

Toujours selon le document, le professionnel de la santé visé aurait entre autres commis une erreur de jugement clinique en formulant un mauvais diagnostic, en plus d’avoir été négligent en n’effectuant pas un second scan de contrôle avant de lui donner son congé, et en ayant omis de lui faire rencontrer un neurologue sur-le-champ.

Brittany Savage en fauteuil roulant, après l’accident.
Photo courtoisie
Brittany Savage en fauteuil roulant, après l’accident.

Lourds antécédents

« Un médecin prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances aurait redoublé de prudence et aurait certainement effectué un test de dépistage neurologique complet avant de donner son congé d’hôpital à une patiente qui présentait des symptômes imminents d’AIT (accident ischémique transitoire) », est-il indiqué.

Mme Savage présentait aussi de lourds antécédents de commotions cérébrales et de troubles dépressifs. Les collisions au basketball et au flag football avaient eu raison de la sportive à quelques reprises, sans compter « les bêtes accidents », a-t-elle raconté au Journal.

Ces conditions auraient dû être prises en considération par le spécialiste, suggère d’ailleurs la poursuite.

En septembre de la même année, un médecin du même établissement de santé confirmait les erreurs de son collègue, affirme-t-on dans la poursuite.

Depuis, Brittany Savage a subi un deuxième AVC, plus petit celui-là, en juin 2017.

Selon son avocate, elle est un exemple de détermination et de force face à l’adversité.

« Ce n’est pas parce que tu peux prendre des coups que tu es obligée de les accepter », a confié une Brittany philosophe, à propos du combat judiciaire qu’elle mènera avec sa mère.

Le cabinet d’avocats qui défend le Dr Lussier n’a pas rappelé Le Journal.

Son avenir est mis en veilleuse

La liste de répercussions que cet AVC survenu en avril 2016 a engendrées sur le quotidien de la jeune femme de Saint-Lazare est longue.

« J’ai du mal à me concentrer. J’oublie des choses et j’ai des problèmes d’impulsivité », a confié Brittany Savage au Journal.

Celle-ci était parfois attentive à la discussion, mais avait l’esprit ailleurs à d’autres moments, le regard rivé sur la fenêtre, en raison de son déficit d’attention.

Tout réapprendre

La jeune femme a dû réapprendre à marcher et à se débrouiller avec un bras partiellement paralysé. Elle reçoit aussi des traitements de Botox afin d’améliorer l’élasticité de ses tissus. Pour ce qui est du sport, Brittany Savage s’est tournée vers le basketball en fauteuil roulant.

Sa mère, Laverne John, atterrée de la voir dans cet état, a complété en ajoutant à la liste sa fatigue, sa perte de vision périphérique et de capacités cognitives.

« Elle n’aime pas l’entendre, mais je dois constamment m’occuper d’elle », a-t-elle précisé. Elle souligne intervenir souvent auprès de son enfant, car elle met inconsciemment sa vie en danger.

Invalide à 19 ans

« Ma fille n’a plus de cheminement scolaire régulier et ne pourra jamais travailler normalement, malgré ses efforts », a-t-elle insisté.

« Elle a peur de ce qui lui arrivera quand je ne serai plus là, et moi aussi », a ajouté Mme John, qui déplore le manque de ressources. Elle n’a pu travailler à temps plein depuis l’incident, afin de prendre soin de sa fille.

« Ç’a impacté la vie de ma mère plus que ça aurait dû », s’est désolée Brittany Savage qui a maintenant 23 ans. Elle rêve de devenir professeure et de donner des conférences sur la motivation.

« Tu es forte, maman ! » a-t-elle lancé, en regardant sa mère dans les yeux, le sourire aux lèvres.