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Patchouli et nostalgie

vieux couple hippie
Photo Adobe Stock

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Je déteste vieillir. Je suis de la génération qui dansait sur My generation, chanson mythique du groupe britannique The Who, avec son célèbre couplet « I hope I die before I get old » (j’espère mourir avant de devenir vieux).

Facile à dire à vingt ans. Aujourd’hui, ma génération se bourre de suppléments pour vivre au-delà de cent ans. L’industrie de la longévité est alimentée par des baby-boomers pour qui disparaître n’a jamais été envisagé.

Mais le temps ne se lasse pas de passer. Un matin, on se découvre des douleurs aux articulations, au bas du dos. On regarde discrètement le prix du Genacol à la pharmacie, et de nouvelles angoisses nous rendent insomniaques : démence, AVC, ostéoporose, incontinence, cancer, Parkinson, CHSLD et Le retour de nos idoles.

Posture mentale

Mais ce n’est pas de la déchéance physique dont je veux parler, plutôt des postures mentales que révèle la soixantaine.

En premier, vicieuse et sournoise, la nostalgie. Comme si se réfugier dans le passé protégeait de la mort.

Je pensais en être immunisée, mais je me suis surprise à chercher du patchouli sur internet (lecteurs X et milléniaux, huile tirée d’un arbuste indonésien dont l’odeur rappelle à la fois le cannabis, la cassonade et la terre moisie). Les hippies, dont c’était le parfum officiel, croyaient que la paix sentait le patchouli.

J’ai aussi acheté des jeans pattes d’éléphant et le dernier album de Van Morrison sans voir que j’étais sous l’emprise du « nostalgisme ». Mais c’est quand j’ai demandé à mon mari s’il me voyait ne porter que du mauve, comme dans mes années rock and roll... il a eu l’air inquiet.

Pourtant, je me suis juré de ne pas traverser l’existence avec un œil sur le rétroviseur. Ce n’était pas mieux chez Naguère et Jadis.

Par contre, quand j’ai entendu Catherine Dorion de QS s’adresser grossièrement à François Legault dans une vidéo, j’ai marmonné « dans mon temps... »

Je rame fort pour habiter mon époque. Je sais que Kanye West est génial, mais en écouter dans mon salon ? Où ai-je donc rangé mon vinyle d’Electric Ladyland, l’opus magnum de Jimi Hendrix ?

Choisir

Quand on commence à redescendre de la montagne de la vie, on a le choix : marcher à reculons pour ne pas voir le damier en bas, ou profiter à plein régime de l’époque actuelle, et tant pis pour les torpilles.

Nous sommes tous happés par nos souvenirs, mais la vie se passe ici et devant, même si des nuages se pointent à l’horizon, dont le retour du « langage totalitaire » des années 1940, selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, promoteur du concept de résilience.

Quand le président américain « blague » de s’accrocher au pouvoir, quand des dirigeants européens encensent la démocratie illibérale, que la Chine capitaliste mais totalitaire fait la promotion de la dictature comme mode de gouvernement efficace, il y a de quoi craindre l’avenir.

La solution ne se conjugue pas au passé, mais dans l’importance de transmettre, parmi nos valeurs, celles, éternelles, qu’il nous semble impératif de transmettre, et de jeter celles qui n’en valent pas la peine.