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Il était près des cartels colombiens: écoutez le balado Narcos PQ

L’ancien pilote Raymond Boulanger raconte en détails son dernier vol à la demande de la mafia

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Photo courtoisie, Ninon Pednault

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Les Québécois sont bien plus impliqués qu’on le pense dans le narcotrafic international, assure un ancien pilote des cartels colombiens, dont la carrière criminelle a pris fin après qu’il a tenté d’importer quatre tonnes de cocaïne à la demande de la mafia.  

«Réveillez-vous! Il y a des Québécois très sophistiqués dans le monde des narcos, dans le blanchiment d’argent, dans le trafic d’armes», lance Raymond Boulanger, dans le dernier épisode du balado Narcos PQ, sur QUB radio.  

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Le 18 novembre 1992, Boulanger faisait atterrir un Convair rempli à ras bord de cocaïne sur une piste militaire abandonnée, tout près de l’ancien village de Casey, en Haute-Mauricie. 

Deux policiers de la Gendarmerie royale du Canada à l’intérieur du Convair 580, vidé de sa cargaison, en novembre 1992.
Photo d'archives
Deux policiers de la Gendarmerie royale du Canada à l’intérieur du Convair 580, vidé de sa cargaison, en novembre 1992.

L’opération illicite n’a évidemment pas tourné en faveur du pilote, qui se décrit lui-même comme un mercenaire, et a mené à l’une des plus grosses saisies de cocaïne jamais survenue au pays. 

Aujourd’hui âgé de 70 ans et libre, Boulanger ne mâche pas ses mots quand il parle du narcotrafic international, dans lequel plusieurs Québécois seraient bien impliqués, selon lui.   

«Je les connais... et le grand public ne les connaît pas, poursuit-il. Moi, on me connaît, parce que j’ai été pris. Mais ça faisait des années que je travaillais pour les cartels. On n’est pas des caves. On existe en dehors de nos frontières et de nos petites limites politiques.» 

Les 4000 kilos de cocaïne avaient été brûlés dans un incinérateur de la région de Montréal en décembre 1992.
Photo d'archives
Les 4000 kilos de cocaïne avaient été brûlés dans un incinérateur de la région de Montréal en décembre 1992.

À la demande de la mafia  

Boulanger était en Belgique quand il a reçu un appel d’un Colombien, lui indiquant qu’un Italien cherchait à le joindre pour lui parler d’une éventuelle importation massive de cocaïne au Canada. 

«Ils m’ont dit qu’ils avaient planifié d’entrer par le nord. Je suis venu à Montréal pour rencontrer le mafioso en question [...] Je lui ai expliqué que si je le faisais, on allait le faire à ma manière», se souvient-il.  

Le plan, qui lui aurait rapporté 50 millions $, estime-t-il, a finalement été mis à exécution, mais ne s’est pas déroulé comme prévu. Personne ne l’attendait à l’atterrissage.   

«On est restés calmes, mais ça ne tenait pas debout. Je devais décider si je détruisais l’avion ou si je le ramenais. Mais avec la chaleur que j’ai eue en montant, il n’était pas question de le ramener. L’équipe [de la mafia qui était censée être sur place] a tous les explosifs en main. Une fois qu’ils ont déchargé toute la marchandise, ils brûlent l’avion.»  

Boulanger a donc décidé de téléphoner à l’aéroport de Roberval pour se commander un avion, comme on appelle un taxi. Cette demande a alerté les autorités, et en peu de temps, il était arrêté. Il a été condamné à 23 ans de prison.  

Aujourd’hui, même s’il ne montre aucun signe de repentance, l’ex-pilote assure qu’il en a eu assez.  

«Je n’ai plus besoin de rush maintenant. C’est fini.»  

 – Avec la collaboration de Brigitte Noël, Bureau d’enquête