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Mon utérus en a plein les trompes

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Chers 25 messieurs qui avez passé la loi antiavortement la plus stricte des États-Unis en Alabama mercredi passé : ça fait une semaine que j’y pense et voilà, j’ai une invitation à vous faire.

Vous venez au Québec et chaque soir pendant 9 mois, je vous organise des soupers de filles.

Je vous présenterais alors mes amies, mes cousines, ma mère, mes tantes, ma grand-mère, mes voisines, mes anciennes profs. Je tiens à ce que vous rencontriez des femmes qui ont subi un avortement ou d’autres qui y ont pensé, mais qui n’ont pas eu à le faire parce que finalement, le sang a coulé.

Je vous accorderais l’honneur d’échanger avec celles au nom de qui vous vous êtes cavalièrement permis de parler. Vous auriez le privilège d’être touchés jusqu’aux ovaires, que vous n’avez pas, par leurs récits, mais surtout par leur existence.

Quand vous irez rejoindre vos épouses, vos filles ou peut-être vos maîtresses, je souhaite que vous leur demandiez pardon de ne pas vous être mêlés de vos affaires et que vous leur promettiez de ne plus jamais recommencer.

J’aimerais que vous n’oubliiez jamais ce chiffre : 432 mois. Ça, c’est le nombre de fois, dans sa vie, qu’une femme devra réussir sa contraception si elle ne veut pas tomber enceinte. Menstruée à 14 ans, ménopausée à 50 ans. 36 ans à veiller à ce que nos ovules ne soient pas fécondés.

Dites-moi, connaissez-vous un être humain, dans quelque domaine que ce soit, capable de réussir à avoir une note parfaite dans des conditions aussi imprévisibles qu’exigeantes ? Moi non. Et vous voudriez en plus les punir ?

Je vous jure, il faudrait que vous preniez le temps de me l’expliquer, et ce, même si je suis tout à fait consciente que cette loi, je n’ai pas le pouvoir de la faire avorter.


♦ Madeleine Pilote-Côté est diplômée de l’École nationale de l’humour. Elle a remporté notre compétition « Les novices », visant à faire connaître à nos lecteurs de nouveaux chroniqueurs d’opinions.