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Samantha, habitante de l’Alabama, ne pouvait porter l’enfant de son violeur

Samantha, habitante de l’Alabama, ne pouvait porter l’enfant de son violeur
AFP

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MONTGOMERY | Déjà traumatisée par un viol, l’Américaine Samantha Blakely s’est « effondrée » en découvrant qu’elle était enceinte de son agresseur. Avorter fut alors une question de survie. 

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Deux ans plus tard, elle est révoltée par la décision de son État, l’Alabama, d’interdire les interruptions volontaires de grossesse (IVG), même en cas de viol ou d’inceste.

« Si cette loi avait été en vigueur quand j’ai eu besoin de mon avortement, j’aurais mis fin à mes jours, il faut être honnête », confie cette jeune femme de 25 ans lors d’un entretien avec l’AFP à Montgomery, capitale de cet État conservateur du sud des États-Unis.

« Il y a une chose dont j’étais sûre: je ne pouvais pas porter l’enfant de mon violeur », ajoute-t-elle, portant comme un étendard un T-shirt rouge barré de la mention « femme ».

Par solidarité avec d’autres victimes de viol, elle a également raconté son histoire aux parlementaires de l’Alabama dans l’espoir d’infléchir leur position. « Nos droits reproductifs sont menacés, il était temps que je parle pour celles qui ne peuvent pas le faire », explique-t-elle.

Malgré ses efforts, les sénateurs ont adopté mardi la loi « HB314 », qui assimile l’avortement à un homicide et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 99 ans de prison pour les médecins. Le texte a été promulgué dans la foulée par la gouverneure républicaine Kay Ivey.

Même le président Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’avortement l’un de ses arguments de campagne, a exprimé des réserves, se disant favorable à des dérogations en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère. La loi de l’Alabama ne retient que cette dernière exception.

Le texte, dont l’entrée en vigueur est prévue en novembre, devrait être bloqué en justice d’ici là, car il est en contradiction flagrante avec l’arrêt « Roe v. Wade » de la Cour suprême, qui a légalisé en 1973 le droit à l’avortement dans tout le pays.

Mais ses promoteurs, comme ceux d’autres lois très restrictives adoptées en Géorgie ou dans le Missouri, ont l’intention d’introduire des recours et de faire appel jusqu’à la Cour suprême, dans l’espoir qu’elle revienne sur cette décision historique.

« Choses terribles »

Quel que soit l’épilogue de cette vaste offensive, Samantha Blakely a été replongée dans un passé douloureux.

Il y a deux ans, cette jeune femme noire tout juste sortie de l’université a été violée par un collègue de travail et a réalisé très rapidement qu’elle était enceinte. « J’ai toujours eu mes règles régulièrement, donc j’ai vite fait un test de grossesse », explique-t-elle.

« Quand il a affiché “positif”, je me suis effondrée, j’étais tellement effrayée... Je n’arrivais même pas à être en colère, j’étais trop en détresse. »

« Je me rappelle avoir mordu mon rideau de douche pour que personne ne m’entende crier », poursuit-elle. « Je savais que je ne serais pas capable de porter cet enfant. »

Elle s’adresse alors à une organisation de planification familiale et subit une IVG, un choix qu’elle ne regrette aucunement. Aujourd’hui, elle travaille dans le secteur touristique, rêve de voyager.

Mais les débats récents ont rouvert ses plaies. « La loi a créé de nouvelles émotions: elle a instillé de la peur là où il n’y avait que de l’inquiétude » pour les droits des femmes, dit-elle.

Samantha Blakely craint en effet que les Américaines ne soient obligées de mettre leur santé en danger pour interrompre des grossesses non désirées. 

« On va recourir à des méthodes différentes, à des trucs trouvés sur Google, à des infusions dangereuses venues du monde entier. On va être obligées de faire des choses terribles », craint-elle. « Il n’y aura plus d’avortements légaux mais l’avortement ne va pas disparaître. »