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Amener la musique à l’hôpital: des artistes jouent gratuitement dans des établissements de santé

Moment magique aux soins palliatifs
Photo courtoisie Jean Dorion est décédé d’un grave cancer colorectal en novembre 2015, à l’âge de 45 ans. Le père de famille a eu la chance d’assister, à même sa chambre d’hôpital, à un concert privé gratuit offert par des musiciens professionnels de la SAMS. On le voit avec sa femme, Emmanuelle Beauchemin.

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Le temps d’un spectacle dans sa chambre d’hôpital, un homme de Québec a pu oublier son grave cancer colorectal. Après son décès, sa conjointe a choisi de s’impliquer dans la fondation à l’origine de ce moment magique, un regroupement de musiciens professionnels qui offrent des concerts gratuits dans des établissements de santé du Québec.

«C’est comme si une bulle s’était créée autour de lui pendant ces deux pièces. Il a arrêté de penser à sa douleur, son mal, son cancer, il n’y a plus que la musique qui existait», confie Emmanuelle Beauchemin, la gorge nouée par l’émotion.

Cancer de stade 4

En 2014, le mari de Mme Beauchemin, Jean Dorion, a appris qu’il souffrait d’un cancer colorectal de stade 4. Malgré la consultation de plusieurs spécialistes, dont certains pratiquent à Toronto, l’option d’opérer le quadragénaire n’était pas envisageable. Seuls les traitements de radiothérapie et de chimiothérapie pouvaient lui permettre de gagner du temps auprès de sa femme, de leurs trois enfants et de ses deux autres nés d’une union précédente.

Malgré la volonté de M. Dorion et la poursuite des traitements, le cancer progressait, ce qui l’a forcé à quitter son domicile pour être admis aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec en octobre 2015. «Il ne voulait pas y aller. Il m’a dit, Manu, je ne ressortirai plus», souffle Mme Beauchemin. «Il ne voulait pas mourir.»

Concert privé

Quelques jours après son hospitalisation, deux musiciens professionnels ont frappé à la porte de sa chambre avec un violon et une flûte traversière en main. Ils ont demandé s’ils pouvaient jouer pour lui.

«C’était une journée très difficile, très émotive parce que c’est une grosse étape à franchir que celle d’entrer aux soins palliatifs. Tu sais que tu ne vas pas en ressortir», raconte Mme Beauchemin. «Il a dit oui.»

Le concert privé s’est amorcé, faisant oublier son cancer et sa douleur à M. Dorion. «J’étais sidérée. Le voir arrêter de souffrir, d’avoir mal. C’est le dernier spectacle qu’il a vu et je suis vraiment contente qu’il ait vu ces deux musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec, qui avaient une discrétion extraordinaire à son égard», dit la veuve, les larmes aux yeux.

Le couple a eu la chance d’accueillir les musiciens une seconde fois avant que M. Dorion ne s’éteigne le 27 novembre. Alors qu’elle vivait son deuil, Mme Beauchemin a rencontré par hasard en 2016 un membre du conseil d’administration de la SAMS, avec qui elle a discuté de l’expérience musicale qu’elle a vécue avec son mari à l’Hôtel-Dieu de Québec.

«Il m’a dit : c’est nous ça, c’est la SAMS qui fait ça. Une fondation qui amasse des sous pour offrir des spectacles dans des établissements de santé», se souvient celle qui s’est, depuis, jointe au conseil d’administration et qui organise des collectes de fonds.

«On veut offrir des spectacles de très grande qualité aux gens. Briser la solitude en créant ces petites bulles dans la vie de ces personnes qui ne peuvent pas sortir le temps d’un spectacle. C’est formidable de voir la lumière qui apparaît dans leurs yeux», dit-elle.

La SAMS célèbre ses 10 ans

  • La Société pour les arts en milieu de santé a été créée en 2009
  • Production de près de 6000 concerts dans des établissements de santé
  • Présente dans une douzaine de régions du Québec
  • Plus de 250 000 personnes «vulnérables» ont vécu ce moment magique