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Géants d’hier et d’aujourd’hui

Premiere de la piece de theatre La chasse Galerie au theatre Denise Pelletier .
Photo d'archives, Ghyslain Lavoie Bernard Landry

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J’ai participé hier à une modeste cérémonie qui m’a profondément ému.

La Ville de Laval changeait officiellement la désignation du parc des Prairies : ce sera dorénavant le parc Bernard-Landry.

J’y ai revu plusieurs de mes compagnons de lutte du temps où je fus député et ministre.

Le parc est situé dans la circonscription où M. Landry fut élu pour la première fois en 1976, dans la fabuleuse équipe de René Lévesque, une collection de talents comme le Québec n’en connaîtra sans doute plus.

Ce n’est pas qu’il y a moins de talents aujourd’hui. C’est qu’à cette époque, beaucoup des meilleurs trouvaient que c’était un devoir moral d’aller en politique pour construire une société meilleure.

Universel

À n’importe quelle époque et dans n’importe quelle société, Bernard Landry aurait été parmi les meilleurs et les plus dévoués.

Personne, sauf peut-être Jacques Parizeau, n’a fait plus pour construire la force économique du Québec.

Personne n’a fait plus pour donner une impulsion renouvelée à nos rapports avec les Cris.

Je ferme les yeux et j’entends ce pur produit du collège classique nous livrer ses citations latines, ses capsules d’histoire, et ses expressions qui nous faisaient sourire comme : « j’ai l’amour de la patrie chevillé au cœur ».

Ses années de jeunesse dans l’armée canadienne lui avaient inculqué un respect maniaque des horaires et la pratique de la marche pour garder la forme : « à la cadence militaire, entre 5 et 7,5 km/h », disait-il en souriant.

Rien n’était plus éloigné de lui que le repli sur soi et rien ne le désolait plus, ces dernières années, que de voir tant de nos entreprises passer sous contrôle étranger parce que leurs dirigeants, après avoir profité des largesses de l’État, voulaient passer à la caisse.

C’était une bonne idée de la Ville de Laval de lui rendre cet hommage posthume le jour de la fête des Patriotes, instaurée par lui-même en 2001.

Louis-Joseph Papineau
Photo d'archives, BAC
Louis-Joseph Papineau

Loin de se réduire aux soulèvements de 1837 et 1838, les Patriotes luttèrent, pendant trois générations, sans armes, sans chefs militaires, pour le gouvernement responsable devant les élus, pour une presse libre, pour l’école publique, pour le droit des juifs de siéger au parlement, contre la peine de mort, etc.

Dans le Québec moderne, personne n’a mieux incarné leur esprit à la fois universel et enraciné dans notre terroir que Bernard Landry.

Agir

On n’a cependant pas besoin d’être un géant comme lui pour faire du patriotisme significatif dans notre vie quotidienne.

Comment ? En refusant de passer à l’anglais devant un anglophone sous prétexte de « gentillesse », d’« ouverture » ou d’être « pratique ».

En cessant de trouver que les cultures venues d’ailleurs sont tellement plus dignes d’intérêt que la nôtre.

En s’intéressant à notre histoire au moins autant qu’à celle des autres.

En consacrant une partie de nos vies à autre chose qu’à l’enrichissement personnel ou aux plaisirs insignifiants.

Des Patriotes du XIXe siècle à Bernard Landry à nous aujourd’hui, il y a un précieux fil qui nous relie et qui doit être entretenu.