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Jouer blessé en vaut-il le coup?

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Photo AFP Le défenseur des Sharks de San Jose, Erik Karlsson n’est pas à 100 % de ses capacités. Aide-t-il vraiment son équipe dans ces conditions ?

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Lorsque je regarde jouer l’excellent défenseur des Sharks de San Jose, Erik Karlsson, c’est évident qu’il est blessé et ne peut offrir son plein rendement. Aide-t-il vraiment son équipe ? Je crois qu’il est temps de changer cette mentalité de devoir jouer blessé en séries éliminatoires.

L’histoire des séries de la Ligue nationale regorge d’anecdotes de joueurs qui ont pris leur courage à deux mains et ont tout donné pour leur équipe malgré un handicap. Je me souviens très bien de mon idole, Patrick Roy, en avril 1994 lorsqu’il avait raté le troisième match de la série contre les Bruins de Boston suite à une crise d’appendicite et Ron Tugnutt l’avait remplacé dans une défaite de 6 à 3.

Roy était revenu au jeu dans le 4e match pour égaler la série à 2-2 et mener le Canadien à une victoire en sept parties.

Évidemment, les blessures et les situations diffèrent, mais règle générale, les équipes de 2019 ont plus de profondeur que jadis. Le hockey a changé et je crois qu’il est temps de s’ajuster.

Pour des histoires comme celles de Patrick Roy en 1994, il y en a d’autres qui sont allées dans l’autre sens. Je connais des joueurs qui sont « allés à la guerre » pour leurs équipes respectives en séries éliminatoires et ils ont été incapables de performer. Non seulement, ont-ils nui à leur équipe, mais ils se sont nui à eux-mêmes.

Une tache au dossier

Croyez-moi ! Si tu ne performes pas en séries, tous les directeurs généraux en prennent note, dont le tien avec qui tu dois parfois négocier un nouveau contrat. Lorsque tu ne performes pas en séries, les raisons ont peu d’importance aux yeux des décideurs, des amateurs et des médias. C’est une tache à ton dossier, point.

De plus, tu risques toujours d’aggraver ta blessure et tu as beau te faire geler comme chez le dentiste, tu n’es jamais à l’aise dans ces conditions. Je me suis déjà fait piquer le genou droit pour un match numéro 7 en Floride, mais je ne sentais pas mon genou. Je ne savais pas si ma jambière était allongée complètement sur la glace ou non. C’est difficile de jouer ainsi.

Si tu ne te fais pas geler, alors ta concentration n’est jamais à point car tu penses à ta douleur et tu cherches à te protéger. Je ne connais pas la condition de Karlsson, mais ça peut expliquer sa bourde sur le premier but des Blues de St-Louis, dimanche, suite à un jeu de routine dans une défaite de 5 à 0.

Distraction collective

L’autre aspect dont on ne parle jamais est celui de la distraction collective. Lorsque tu ne sais pas si un joueur vedette jouera ou non, ou s’il sera sur la glace pour la prochaine séquence, toute l’équipe est dans le doute et c’est une très mauvaise situation.

J’ai vécu ça au Colorado avec Peter Forsberg dans les séries de 2008. Lorsque tous les joueurs se posent des questions sur un joueur comme Forsberg, ça devient difficile de garder le focus.

Karlsson jouera-t-il ou non, ce soir à St-Louis ? Est-ce qu’on va prendre une décision après la période de réchauffement ? Voilà une distraction dont se passeraient bien les Sharks qui font désormais face à l’élimination.

La LNH est devenue tellement compétitive qu’un joueur diminué, ne devrait pas jouer. À 60 % ou 80 % de ta forme, tu n’aides pas ton équipe et tu ne t’aides pas non plus. Habituellement, personne n’y gagne, sauf l’équipe adverse.

On aime les histoires de superhéros, mais il faut être réaliste. Il est temps de changer cette mentalité qu’en séries, on doive jouer avec des blessures, coûte que coûte.

— Propos recueillis par Gilles Moffet

Entrefilets

Le leadership des Blues

L’entraîneur des Blues de St-Louis, Craig Berube, mérite beaucoup de crédit, ainsi que les leaders de l’équipe. La défaite en prolongation des Blues dans le match numéro trois a fait mal, car le but marqué après une passe avec la main aurait dû être refusé. Berube a donné l’exemple et plutôt que de s’emporter et critiquer les arbitres, il a rapidement tourné la page. Les joueurs avaient le choix de se servir de ça comme excuse ou comme motivation et ils ont choisi la dernière option. Cela a rapporté puisqu’ils ont gagné les deux derniers matchs.

Aider les arbitres

Le hockey est un sport difficile à arbitrer et la LNH en est consciente depuis longtemps. Elle a fait des progrès depuis une quinzaine d’années avec l’ajout d’un quatrième arbitre, des reprises vidéo et récemment, des contestations pour les hors-jeu à la ligne bleue. La ligue doit toutefois franchir un autre pas afin, qu’au final, on prenne les bonnes décisions, surtout en séries éliminatoires. Il y a une différence entre la saison régulière de 82 matchs impliquant 31 équipes et les séries. On pourrait certainement utiliser davantage la centrale vidéo à Toronto pendant les séries afin d’éviter des erreurs qui feront encore jaser dans 25 ou 30 ans.

Les Hurricanes

Les Hurricanes de la Caroline ont baissé pavillon en quatre matchs face aux Bruins de Boston, mais ils demeurent néanmoins une des belles histoires de la saison 2018-19. Ils ont été le coup de cœur de bien des gens, tout comme les Golden Knights de Vegas, la saison précédente. Ils sont devenus une équipe intéressante et l’entraîneur, Rod Brind’Amour a fait tout un travail. Je l’ai toutefois senti ébranlé après la défaite de 6 à 2 dans le 2e match à Boston. La mauvaise nouvelle, c’est que les Hurricanes seront dans les jambes du Canadien l’an prochain.

Les Bruins au repos

Les Bruins de Boston et leur gardien, Tuukka Rask, ont été impressionnants jusqu’ici. Un piège les guette toutefois et c’est le très long repos avant le début de la série finale. Quand tout baigne dans l’huile, tu veux continuer à jouer, et ce sera peut-être difficile de repartir la machine en finale, que ce soit contre les Sharks ou les Blues.