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«Chaque jour de ma vie, je revois ce but»

Jean-Guy Talbot se souvient parfaitement du célèbre plongeon de Bobby Orr en 1970

Le défenseur Bobby Orr, des Bruins, effectuant son fameux plongeon après avoir inscrit le but victorieux en prolongation contre les Blues, en 1970.
Photo d’archives, Le Journal de Montréal Le défenseur Bobby Orr, des Bruins, effectuant son fameux plongeon après avoir inscrit le but victorieux en prolongation contre les Blues, en 1970.

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Mai 1970. Pour la troisième fois en autant de saisons depuis leur entrée dans la LNH, les Blues atteignent la finale. Une fois de plus, ils seront balayés. Cette fois, ce sont les Bruins qui auront le meilleur. Une finale qui se conclura par l’un des moments les plus légendaires de l’histoire du sport : le fameux but gagnant de Bobby Orr.

 

Il en a coulé de l’eau près de la Porte de l’Ouest, l’arche symbolique de la ville de St. Louis, depuis ce but mythique inscrit en prolongation après seulement 40 secondes de jeu. Pourtant, Jean-Guy Talbot s’en souvient comme si c’était mercredi. Probablement parce qu’il était aux premières loges pour y assister.

En fait, après Noël Picard, qui fit sauter les patins du défenseur des Bruins, et le gardien Glenn Hall, il est probablement celui qui détenait le meilleur siège de tout le Garden de Boston.

« J’étais sur la glace », a-t-il lancé lors d’une entrevue téléphonique avec le représentant du Journal de Montréal.

« La rondelle se trouvait près de notre but. Je suis allé la chercher dans une lutte avec Derek Sanderson. La rondelle a été projetée vers mon ailier du côté opposé. Elle a frappé son patin. Par malheur, Bobby Orr passait par là, a-t-il décrit. Chaque jour de ma vie, je revois ce but. »

Il faut dire que les images de ce but roulent sans cesse depuis 49 ans. Même chose pour la célèbre photo prise par Ray Lussier, alors photographe du Boston Herald. Comme si ce n’était pas suffisant, depuis 2010, une statue de Bobby Orr immortalisant son célèbre saut dans les airs orne les environs du domicile des Bruins.

« Quand Orr passait en troisième vitesse, on se faisait battre à tout coup. Selon moi, c’est le meilleur défenseur de tous les temps, a opiné Talbot, lui-même doté d’un flair offensif certain. Il était chanceux. Il avait le droit de monter avec la rondelle. Pas moi. »

Pas de taille

Talbot faisait partie d’un contingent de sept Québécois au sein de l’équipe que dirigeait Scotty Bowman. Outre Picard et lui, on retrouvait Jacques Plante, André Boudrias, Raymond Fortin, Terry Gray et Phil Goyette.

« On n’était pas armé comme les Bruins. De leur côté, ils avaient plusieurs étoiles. Nous, on avait quelques vétérans. En général, c’était des joueurs qui venaient de partout », a raconté Goyette, également joint au téléphone.

Âgé de 37 ans, l’attaquant de Lachine avait fini au quatrième rang des pointeurs du circuit pendant la saison régulière avec une récolte de 78 points. Pour démontrer à quel point Bruins et Blues n’appartenaient pas à la même catégorie, Orr et Phil Esposito avaient ravi les deux premiers rangs de la colonne des pointeurs avec des récoltes respectives de 120 et 99 points.

« On a perdu en quatre, mais au moins, on s’est rendu jusque-là. On voulait aller le plus loin possible. On a montré au monde qu’on était capable de bien faire », a indiqué Goyette.

Le plaisir des négligés

Il faut se rappeler que pour susciter un intérêt au sein des six marchés ajoutés à ses cadres, la LNH avait jumelé les six nouvelles formations dans une seule et même division. L’une d’entre elles, quoique moins forte que celles de la division des six équipes originales, était assurée d’atteindre la finale de la Coupe Stanley.

Voilà qui explique pourquoi les Blues sont toujours en quête d’une première victoire en finale après avoir été balayés en 1968, 1969 et 1970.

« On avait une bonne équipe pour la division de l’expansion, mais c’était impossible pour nous de battre le Canadien ou les Bruins, a admis Talbot, en uniforme pour les trois finales des Blues. Alors, je disais aux gars qu’on n’avait pas à être nerveux parce qu’on n’était pas supposé gagner. C’est certain qu’on a essayé de gagner, mais on y allait pour le plaisir de participer à une finale. »

Plus facile de penser au plaisir au crépuscule d’une carrière ponctuée de sept coupes Stanley comme celle du Trifluvien.

Goyette n’était pas en reste. À l’instar de Talbot, il avait fait partie de la grande dynastie des cinq coupes Stanley de la fin des années 1950, gravant son nom lors de quatre de ces conquêtes du Canadien.