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Inconduites sexuelles dans l'armée: pas de baisse malgré les efforts déployés

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OTTAWA – Les cas d’agressions sexuelles restent aussi fréquents dans l’armée canadienne et les victimes ont toujours peur de se manifester, quatre ans après qu’une vaste opération pour s’attaquer à ce fléau eut été lancée. 

C’est ce qu’a rapporté Statistique Canada, mercredi, en présentant les résultats d’un vaste sondage auprès de 36 000 membres de Forces armées canadiennes (FAC). 

La proportion de militaires disant avoir été victimes d’une agression sexuelle par un collègue est restée sensiblement la même en 2018 que lors du précédent coup de sonde sur la question, en 2016. 

«C’est un constat d’échec, point final», a tranché l’ex-colonel Michel Drapeau, avocat spécialisé en droit militaire. 

Le sondage de Statistique Canada révèle que 1,6 % des membres de la Force régulière des FAC, soit 900 personnes, déclarent avoir subi une agression entre l’automne 2017 et l’automne 2018. En 2016, ce taux était de 1,7 % et était de 0,9 % dans l’ensemble de la population canadienne en 2014. 

Les attaques de nature sexuelle, les contacts sexuels non désirés ou d’autres activités sexuelles auxquels la victime ne pouvait pas consentir sont encore une fois plus fréquents du côté de la réserve. Environ 300 réservistes, soit 2,2 %, disent en avoir été victimes en 2018, contre 2,6 % en 2016. 

Le vice-chef d’état-major de la défense, Paul Wynnyk, s’est avoué «déçu» par ce peu d’évolution, mercredi. Les FAC ont pourtant lancé, en 2015, l’opération HONOUR visant à enrayer les cas d’inconduites sexuelles dans l’armée. 

«Le nombre de militaires qui ont été touchés est inacceptable», a-t-il dit sans pourtant parler de constat d’échec. 

Son collègue Alain Guimond, adjudant-chef des FAC, a fait valoir que certains progrès ont été effectués. De plus en plus de militaires reconnaissent les mécanismes de plainte en place et croient en leur efficacité, a-t-il mentionné. 

«On sait que c’est un problème de culture qu’on doit changer et je crois qu’on le fait. Cependant, on comprend aussi que ça ne se fait pas du jour au lendemain», a-t-il ajouté. 

Incidents non signalés 

Aux yeux de Me Drapeau, la situation ne s’améliorera pas tant et aussi longtemps que les plaintes d’agressions sexuelles dans l’armée seront traitées par la police militaire. 

«[Les victimes] voient les policiers militaires comme étant membres à part entière de la chaîne de commandement et de l’institution militaire. Alors il faudrait donner aux victimes tout le support possible», a-t-il soutenu. 

Le Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle (CIIS) mis sur pied dans le cadre de l’opération HONOUR ne suffit pas, selon lui, puisque les victimes ne reconnaissent pas cette instance comme étant indépendante. 

D’ailleurs, Statistique Canada rapporte qu’une majorité de victimes de la Force régulière (57 %) n’ont pas rapporté l’événement qu’elles ont subi à une personne en position d’autorité en 2018. Près de 40 % des femmes dans cette situation ont gardé sous silence des incidents parce qu’elles craignaient des conséquences négatives. 

L’ex-caporale Stéphanie Raymond, qui a porté plainte pour agression sexuelle contre un ancien supérieur, n’est pas surprise que la culture du silence prévale encore. 

«La peur des représailles est encore bien présente. Seulement quatre hommes sur 10 qui ont été témoins d’actes sexuels inappropriés sont intervenus», a-t-elle souligné en entrevue à LCN. 

  • ÉCOUTER l'ex-caporale Stéphanie Raymond commenter le dossier au micro de QUB radio:

Les agressions sexuelles dans l'armée en 2018: 

- 4,3 % des femmes membres de la Force régulière des Forces armées canadiennes (FAC) disent avoir été victimes d’agression sexuelle, soit quatre fois plus que les hommes (1,1 %) 

- 57 % des membres de la Force régulière se disant victimes d’agression sexuelle n’ont pas signalé l’événement 

- 37 % des femmes qui n’ont pas signalé un cas d’agression sexuelle craignaient des conséquences négatives, contre 19 % chez les hommes 

- 20 % des victimes n’ayant pas rapporté un incident ont dit avoir des préoccupations quant au processus de traitement des plaintes (11 % en 2016)