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Rareté de la main-d’œuvre: pourquoi les salaires augmentent-ils si peu?

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Jean-Baptiste Hervé – 37e AVENUE

 

En contexte de pénurie de main-d’œuvre, le jeu de l’offre et de la demande devrait a priori tirer la rémunération vers le haut. Or, au Québec comme au Canada, la hausse moyenne des salaires a à peine dépassé l’inflation en 2018. Une étude de l’Institut économique de Montréal (IEDM) parue le 4 avril dernier propose des explications.

Bien que le Canada ait créé 163 000 emplois à temps plein l’an dernier et que le taux de chômage y soit passé sous la barre historique des 5,6%, les salaires n’ont pas beaucoup augmenté au cours de l’année. En effet, l’inflation a atteint 2,3% alors que les salaires ont augmenté de 2,9% en moyenne; c’est peu pour un pays qui frôle le plein emploi.

L’étude de l’IEDM explique cette situation par deux éléments majeurs: les barrières au commerce interprovincial et le fardeau fiscal, qui minent la productivité globale et limitent la hausse des salaires.

Trois obstacles

«Les échanges commerciaux plus difficiles nuisent à la division du travail et rendent notre économie moins performante», explique Mathieu Bédard, économiste à l’IEDM et auteur de la publication. «De plus, le fardeau fiscal pèse quant à lui sur les investissements, en freinant l’accumulation de richesse et le capital à investir, autant par les particuliers que par les entreprises.»

Mais pourquoi les salaires ont-ils autant de mal à augmenter?

L’une des explications serait liée aux avancées technologiques qui permettraient de remplacer les travailleurs par des machines. Dans les secteurs touchés, les salaires tendraient par conséquent à stagner.

Une autre explication résiderait dans la crainte des salariés à l’égard d’une possible récession à venir prochainement. Les travailleurs tendraient donc à conserver leur emploi sans demander d’augmentation.

Une troisième piste suggère qu’il existerait plus de travailleurs disponibles que le taux de chômage ne le laisse transparaître.

Des règles et un fardeau fiscal à revoir

Les règles du commerce interprovincial agissent un peu comme un tarif douanier à l’intérieur du pays. Statistique Canada a mesuré cet «effet de frontière». L’organisme a conclu qu’il équivaut à un tarif de 6,9% qui serait en quelque sorte imposé au commerce interprovincial. Ce «tarif» invisible est plus élevé que le taux douanier moyen mesuré par la Banque mondiale.

Toujours selon cette étude, les provinces où le fardeau fiscal est le plus élevé sont celles où la pénurie de main-d’œuvre est la plus criante et où les hausses de salaire sont les plus faibles.

L’étude de l’IEDM suggère par conséquent de déréglementer le commerce interprovincial et de réduire la charge fiscale pour favoriser les hausses salariales.