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La CAQ : la privatisation de la santé continue

Bloc medecin
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Pour plus de privé en santé et ailleurs

Que l’on ne se compte pas de peur : en grattant le moindrement, on va s’apercevoir que la CAQ est favorable au privé et à la sous-traitance. C’est dans ses gênes. C’est même structurel. N’est-ce pas en 2014 que François Legault avait clamé que : « Le monstre (de la santé publique) doit être rendu plus efficace » (Le Devoir, 14 mars 2014). Rendu plus efficace en diminuant les largesses étatiques consenties aux médecins ou en baissant les prix shylockiens des médicaments commercialisés par les pharmaceutiques? Non, en sous-traitant et en privatisant. 

L’ancêtre de la CAQ, l’Action démocratique du Québec (ADQ), a toujours été une intégriste du privé : « L’ADQ veut ouvrir le secteur privé aux médecins » et « L’ADQ propose une place accrue pour le privé en santé » (La Presse, 3 avril 2008). J’en ai trouvé deux autres excellentes sur l’ADQ : « Le Québec doit virer à droite, selon Éric Caire et «L’environnement ne doit pas être un frein aux grands projets» (Le Devoir, 22 avril 2009 et Le Devoir, 1er octobre 2007). J’aime mes vieux dossiers d’articles de journaux. Je suis de la vieille école. 

Il faut arrêter de rire de nous autres

Personne n’aime faire rire de soi par quiconque et se faire prendre pour des idiots. Mais, hélas, c’est ce que vient de faire la ministre caquiste de la Santé, Danielle McCann, en nous disant n’importe quoi afin de justifier le maintien de la privatisation de la santé à des firmes privées comme Rockland MD, Chirurgie DIX30 et Opmédic : «Santé. Chirurgies au privé : projet pilote prolongé d’un an. Les trois cliniques privées pourront continuer à opérer des patients» (Le Journal de Montréal, 10 mai 2019). Est-ce ça en santé «La petite révolution de McCann» (Le Devoir, 18 février 2019). Allô révolution!

La vérité toute crue

La CAQ et sa ministre de la Santé ne nous disent pas toute la vérité. Comme ils nous ont fait une petite tromperie avec les médecins, cette fois ils reculent face au puissant secteur privé en santé. Ils ont été plus expéditifs pour s’attaquer aux simples chauffeurs de taxi au profit de la transnationale américaine Uber, de vite baisser la taxe scolaire, ce qui a fait un beau cadeau gouvernemental de 900 millions de dollars aux plus riches et d’instaurer les maternelles 4 ans envers et contre tous.

Premièrement, le projet dit «pilote» sera renouvelé à tout jamais, enrichissant encore plus au passage nos médecins spécialistes incorporés afin d’alléger leur angoisse fiscale. Tout un projet-pilote qui existe depuis 2007, soit plus de 12 ans comme en fait foi le titre de cet article et d’autres : «Partenariat entre l’hôpital du Sacré-Cœur et le centre Rockland MD. Les premiers patients opérés en sous-traitance» (Le Devoir, 7 février 2008). Ce n’est pas un «partenariat» du tout, c’est de la privatisation en bonne et due forme, un point c’est tout. 

Un communiqué de presse suffit

Même si cela implique des millions de dollars en fonds publics chaque année, la ministre McCann, ne voulant pas répondre aux questions irrévérencieuses des journalistes, a annoncé la nouvelle par un vulgaire communiqué de presse afin de maintenir ce passe-droit à des médecins du privé. Les spécialistes en communication, des experts pour faire dévier la vérité et faire diversion avec des mots sophistiqués, mais vides. 

Rien ne justifie ça sauf l’idéologie

Oui, ça nous coûte inutilement des millions de dollars chaque année, comme le souligne l’article d’Héloïse Archambault du Journal publié le 2 avril 2019 : «Québec (CAQ) a dépensé plus de 43 M$ en chirurgies au privé. Des hôpitaux envoient des patients, même s’il n’y a pas de délai d’attente au public». Et la journaliste a dit la même chose dans son dernier article du 10 mai 2019 : «Le Journal révélait en avril dernier que des hôpitaux utilisent cette soupape du privé pour y transférer toutes leurs chirurgies de la cataracte, même s’il n’y a aucun délai d’attente au public». Cherchez le bien-fondé de cette modernisation et de cette réingénierie des services publics?

S’il n’y a pas de délai d’attente dans le public, pourquoi est-ce que : «Les chirurgies transférées au privé ont explosé?» (Le Journal de Montréal, 25 juillet 2017). La sous-traitance en santé au privé continue et continuera (et pas seulement en santé), même si ça coûte plus cher en fonds publics en raison des affinités et des liens qui ont toujours existé entre les élus et les affairistes. L’idéologie prime sur les faits. L’intérêt privé est privilégié en lieu et place de l’intérêt public. Le bien privé en premier, et après le bien commun. 

Les libéraux ont admis que c’est plus cher au privé

En 2013, les péquistes alors au pouvoir et en 2014 avec les libéraux au gouvernement ont voulu mettre fin, avec raison, à cette dilapidation orchestrée de fonds publics afin d’investir ailleurs, comme dans nos urgences : «Clinique Rockland MD. La coûteuse entente avec Québec tire à sa fin. L’hôpital du Sacré-Cœur va réintégrer l’ensemble des chirurgies» et puis : «PPP avec la clinique Rockland MD. Barrette met fin à l’expérience» (Le Devoir, 15 février 2013 et La Presse, 26 août 2014). 

Comme le dit le poète : seuls les fous ne changent pas d’idée. Le lendemain, après avoir annoncé qu’il mettrait fin à cette ridicule et couteuse privatisation des soins de la santé à des opportunistes, le seul et unique (une chance) Gaétan Barrette se «revire» sur un trente-sous et : «Rockland MD. L’entente finalement renouvelée» (La Presse, 27 août 2014). Rien ne justifie ce changement abrupt de cap sauf celui de céder par idéologie aux pressions des lobbyistes et des collègues et amis médecins, et peut-être même aux judicieux et sages conseils de Philippe Couillard, un médecin spécialiste lui-même, qui a œuvré pour un fonds d’investissement en santé privée avant de revenir en politique.

Danielle McCann patine sur la bottine

Comme justification au prolongement à «perpète» de cette privatisation, Danielle McCann vient nous dire comme ça et sans rire que : «la prolongation permettra d’obtenir davantage de données pour comparer les coûts et d’évaluer les suites possibles de l’entente» (Le Journal de Montréal, 10 mai 2019). Ça fait 12 ans que cette sous-traitance à gogo existe et la CAQ nous dit qu’elle n’a aucune étude comparative en mains? Pousse, mais pousse égal l’ami. Et si c’est vrai qu’ils n’ont pas de chiffres comparatifs, ça veut dire qu’il gère à l’aveuglette et au pif. Et la ministre qui en rajoute et qui continue de dire n’importe quoi : «Nos analyses se poursuivent et à terme, nous bénéficierons d’indicateurs encore plus fiables et actuels (la grosse joke) pour déterminer les suites à donner au projet expérimental». Un projet expérimental qui existe depuis 12 ans... La CAQ va demander à «ses» experts préférés qui pensent comme eux de faire une étude dite «scientifique» comme le faisaient les libéraux.

Et pour finir en beauté : «La ministre McCann n’est toutefois pas disponible pour répondre aux questions aujourd’hui (ni demain). Aucune donnée préliminaire de comparaison entre les deux systèmes (comme s’il n’existait pas déjà) ne sera rendue publique avant la fin de la prolongation en mai 2020 (on va juste patienter) : «Un vrai vaudeville grossier. Je reviens sur le sujet dans mon prochain texte.