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Indemnisation en vue pour les victimes de Weinstein, en attendant le procès pénal

Indemnisation en vue pour les victimes de Weinstein, en attendant le procès pénal
Photo AFP

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L’ancien producteur Harvey Weinstein et ses anciens associés ont trouvé un accord de principe avec les femmes qui l’attaquaient au civil moyennant le paiement de plusieurs millions de dollars, un premier dédommagement en vue pour les victimes du catalyseur du mouvement #MeToo en attendant son procès pénal en septembre.

L’accord de principe, qui devrait être présenté pour validation à un juge des faillites du Delaware le 4 juin, a été annoncé par plusieurs médias américains.

Les détails de l’accord, qui mettrait fin à un an de tractations, restent à confirmer.

Selon des sources citées par plusieurs médias, il prévoit le versement de quelque trente millions de dollars aux nombreux plaignants impliqués dans une quinzaine de dossiers, parmi lesquels des femmes l’ayant poursuivi pour harcèlement sexuel --parfois pour des faits remontant à plus de vingt ans-- mais aussi des créanciers de sa maison de production The Weinstein Company.

Les quatorze millions restants sont destinés à rembourser les frais d’avocats de ses associés, assignés à ses côtés dans les plaintes, ont ajouté ces sources.

L’espoir est que ces 44 millions --qui seraient payés par les assureurs, notamment ceux de la Weinstein Company-- soldent toutes les plaintes civiles contre la maison de production, y compris celle du procureur général de l’Etat de New York qui l’avait assignée début 2018 pour ne pas avoir protégé ses employés face au harcèlement sexuel du producteur.

«Le processus a été long et compliqué et nous pensons vraiment que cet accord apporte une dose de justice, même si ce n’est pas autant que ce que nous pouvions espérer», s’est félicité Aaron Filler, avocat de l’actrice Paz de la Huerta qui fait partie des plaignantes, auprès du Los Angeles Times.

Pour Bennett Gershman, professeur de droit à l’université Pace et ancien procureur, l’accord à confirmer est «une victoire pour les femmes qui disaient avoir été maltraitées».

Mais c’est aussi une bonne nouvelle pour l’ex-producteur et surtout pour son ancienne société, avec laquelle il n’a plus aucun lien et qui peut désormais «mettre ce gros dossier derrière elle et passer à autre chose».

Peu d’impact sur le pénal

Ce spécialiste estime néanmoins que l’accord devrait avoir peu d’impact sur le procès au pénal de M. Weinstein, qui doit commencer le 9 septembre à New York.

Le producteur de 67 ans, qui fut une puissante figure d’Hollywood grâce à la production de films originaux comme ceux de Quentin Tarantino, devra y répondre de deux accusations d’agressions sexuelles, une pour viol en 2013 et une autre pour une fellation forcée en 2006, sur deux femmes différentes.

S’il a été accusé d’abus sexuels allant du harcèlement au viol par plus de 80 femmes depuis octobre 2017, y compris des célébrités comme Ashley Judd, Angelina Jolie et Salma Hayek, ces deux agressions présumées sont les seules pour lesquelles il a été inculpé.

L’accord au civil, qui pourrait rester en grande partie confidentiel après sa finalisation, a de fortes chances de n’inclure aucune reconnaissance de malversation de la part de Harvey Weinstein et de ses associés pouvant être utilisée lors du procès pénal, dit-il. 

L’impact risque donc d’être surtout «symbolique» car le fait d’«accepter de payer une somme substantielle semble impliquer qu’ils ont fait quelque chose de répréhensible» et pourrait influencer les jurés chargés de déterminer si Harvey Weinstein est coupable.

Mais cela ne veut pas dire que l’accord fasse forcément le jeu de l’accusation, explique Julie Rendelman, une avocate new-yorkaise. 

Si l’accusation prévoit d’appeler à la barre des femmes indemnisées par l’accord au civil, la défense cherchera probablement à les «décrédibiliser» en montrant qu’elles sont motivées par l’argent.

Les avocats des deux parties ont débattu avec le juge, lors d’une audience à huis clos fin avril, pour savoir quelles victimes présumées d’Harvey Weinstein pourraient témoigner pour l’accusation pendant le procès qui devrait durer six semaines.

Le juge avait alors laissé entendre que sa décision pourrait n’être rendue publique qu’au début du procès, même s’il s’agit d’un point potentiellement décisif.

Les dépositions de cinq femmes n’ayant pas déposé plainte avaient été déterminantes pour condamner, à l’issue d’un second procès, l’ex-star de la télévision américaine Bill Cosby, lui aussi accusé de dizaines d’agressions sexuelles mais jugé pour une seule.