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Une île, un livre

Une île, un livre
Photo Libre Expression

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Mon livre, Don Giuliano, à mi-chemin entre la fiction et le récit véridique, vient de paraître aux éditions Libre Expression. Pourquoi je vous en parle? Parce que ce roman un peu spécial raconte une page d’histoire qui s’est déroulée entre Marseille, Montréal, Cuba, la Bolivie et l’Italie, de 1962 à 1972. Et cette histoire, si on peut dire, ne s’est jamais terminée puisque Cuba continue d’alimenter la chronique de l’actualité et est toujours la cible d’attaques de plus en plus insidieuses. Bref, «Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman», encore et toujours, pour reprendre l’incipit du roman Prochain épisode d’Hubert Aquin. 

Je raconte une histoire vraie mais romancée. Le jeune gouvernement révolutionnaire a nationalisé les principales entreprises étrangères sur son territoire. Il a aussi fermé les maisons de jeux et autres casinos, mettant ainsi fin au lucratif négoce de la mafia internationale, américaine, mais aussi canadienne et européenne. Celle-ci ronge son frein et rêve de se débarrasser de Fidel Castro. Comme l’invasion de la baie des Cochons a échoué, l’année précédente, il existe, selon elle, une solution plus rapide et efficace : assassiner le dirigeant cubain, ce qui mettra un terme à cette «folie». Il suffit de recruter un bon soldat, un picciotto de confiance, qui réglera cette affaire une fois pour toutes.  

Un prêtre canadien est demeuré sur place. Il a refusé d’obéir aux ordres de sa congrégation, très soumise au gouvernement sanguinaire, et il a prêté main forte aux Barbudos lorsqu’ils combattaient l’armée de Batista dans la sierra Maestra. Après le triomphe de la révolution, il a été autorisé à s’installer à Santiago de Cuba pour poursuivre une œuvre humanitaire. Il sera appelé à jouer un rôle clé dans ce combat entre le bien et le mal. Je n’en dis pas plus. 

Aujourd’hui, en 2019, Cuba est, plus que jamais, l’obsession de l’empire américain. Il ne se passe pas un jour sans que le président Trump, ou un de ses amis sénateurs, ne lance ses bombes silencieuses, menaçant d’étrangler un peu plus ce petit pays qui ne menace pourtant personne. Il y a quelques jours, le sénateur républicain Rick Scott proposait rien de moins que d’imposer un blocus naval total autour de l’île cubaine.  

Et quand ce n’est pas Cuba, c’est par pays interposé qu’on organise l’attaque. Le Venezuela est la nouvelle cible, à qui on tente d’appliquer les mêmes mesures d’étranglement, avec la différence près que le Venezuela a de quoi résister solidement, avec ses immenses ressources naturelles, pétrole, gaz, or et diamants, de quoi faire saliver le plus puissant pays de l’heure dont la richesse s’est constituée à même le pillage, la corruption, la tromperie et la rapine. On veut empêcher Cuba de recevoir de ce pays frère le précieux brut qui fait fonctionner son économie et les pétroliers qui circulent entre le Venezuela et Cuba sont désormais frappés d’interdit et ne peuvent plus accoster aux États-Unis. 

Comme si cela n’était pas suffisant, les États-Unis ont autorisé l’application d’un chapitre de la loi Helms-Burton, qui n’avait jamais été utilisé. Les entreprises et les particuliers dont les biens ont été nationalisés au début de la révolution peuvent désormais inscrire en cour une poursuite contre le gouvernement cubain et ses institutions. Pourtant, lors des nationalisations, le gouvernement cubain a indemnisé toutes les entreprises affectées. Seules les entreprises américaines ont refusé, croyant que cette révolution ne durerait que quelques mois.  

Cette mesure ne peut être appliquée, on s’en doute, elle ne vise qu’à faire peur aux investisseurs étrangers, à les dissuader d’investir à Cuba. Cela s’apparente à du terrorisme. Un terrorisme encouragé par un président fou, menteur, fourbe, sexiste et homophobe. On ne peut que souhaiter que la procédure de destitution de ce président dangereux pour la paix soit entreprise et aboutisse. Mike Pence, qui serait appelé à le remplacer, n’est guère mieux mais cette douche froide pourrait refroidir les ardeurs belliqueuses de la Maison Blanche.