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L’Angleterre et la fin du rêve fédéral européen

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La démission de Theresa May arrive comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà tourmenté de l’Union européenne. Non seulement Mme May n’est pas parvenue à faire bouger le parlement britannique sur le Brexit, mais pire, les sondages laissent entrevoir des résultats catastrophiques de son parti dans les élections européennes, dont les résultats devraient être connus demain.

Selon ces sondages, le Parti du Brexit arriverait premier et recueillerait 37 % des voix. Les conservateurs reculeraient au 5e rang, avec un maigre 7 % des suffrages. Ces sondages sont-ils annonciateurs de l’élection européenne ? L’Union européenne glisse-t-elle vers une lente paralysie, tandis que des partis anti-européens montent dans tous les pays ? Il semble bien que oui.

1. Pourquoi les partis anti-européens sont-ils populaires ?

Les partis anti-européens, trop facilement qualifiés de partis d’extrême droite ou de partis populistes, rassemblent des électeurs qui sont inquiets du renforcement de l’Union européenne au détriment de la culture nationale de leur pays. En règle générale, ces partis cartonnent sur trois thèmes : les difficultés économiques, la montée de l’immigration et la crainte de l’islamisation de l’Europe. La plupart des observateurs estiment que les partis anti-européens vont faire élire au parlement européen environ 150 députés sur 751.

2. Que signifierait une victoire du Parti du Brexit ?

Le Parti du Brexit a fait campagne sur la possibilité d’un Brexit dur avec comme slogan : « pas d’entente, pas de problème ». Cette campagne a augmenté les chances de candidats radicaux comme Boris Johnson de remporter le leadership du parti conservateur et donc de devenir ­premier ministre. Contrairement à May, le prochain premier ministre risque d’être en faveur d’un Brexit dur.

3. Que proposent les partis pro-européens ?

Les partis pro-européens font campagne sur les thèmes de l’emploi, de l’environnement et du libre-échange. Ils s’inquiètent de la montée de la puissance de la Chine et de la Russie et de l’affaiblissement des États-Unis et proposent une Europe forte pour répondre au nouvel environnement international.

4. En quoi le Brexit inquiète-t-il les défenseurs de l’Union européenne ?

Tout le monde sait que le Brexit constitue un exemple pour les Européens qui veulent que leur pays sorte de l’Europe. Le Brexit possède aussi une dimension qui a été peu mentionnée : c’est que la Grande-Bretagne est l’architecte de bien des fédérations à travers le monde. Des fédérations construites pour diviser les populations et ainsi prolonger le règne de Londres. Les Québécois connaissent bien les limitations de pouvoirs imposées par une fédération. Or, les Britanniques ont décidé par référendum qu’ils ne voulaient pas de ces limitations et qu’ils préféraient sortir de l’Union européenne plutôt que de les subir. En effet, l’Union européenne se dirige vers une fédération forte. Une fédération où de plus en plus de peuples européens redoutent de perdre leur âme en échange de bénéfices économiques.

5. Pourquoi certains pays pourraient-ils imiter les Britanniques ?

Les partisans d’une fédération forte estiment que les enjeux économiques dominent tous les autres. Les partisans nationalistes pensent au contraire que l’économie ne sert à rien si la culture propre d’un pays disparaît. Au fond, l’Union européenne s’est construite trop vite sur le dos des identités nationales. À présent, le temps presse pour répondre aux nouveaux défis internationaux. Mais l’Union européenne ne peut pas se construire contre les nations. C’est la raison profonde du Brexit. C’est aussi ce qui risque d’amener d’autres peuples à imiter les Britanniques.